Pass contraception : Ségolène Royal revient à la charge

Publié le par Désirs d'Avenir Rueil

Par Anouchka Collette pour « Rue 89 »

 

En novembre, Luc Chatel, ministre de l'Éducation nationale, avait interdit la distribution du Pass contraception dans les lycées du Poitou-Charentes. Confortée par le préoccupant rapport de l'Igas sur la prévention des grossesses non désirées, Ségolène Royal distribue le Pass aux médecins généralistes.

 

La présidente de la région Poitou-Charentes a adressé le 24 avril à Nicolas Sarkozy les mille premières signatures d'une pétition exigeant l'autorisation de la distribution du Pass contraception par les infirmières scolaires.

 

En novembre 2009, le lancement de ce « chéquier », qui donne droit à une première consultation gratuite chez le médecin et à six mois de contraception orale, avait fait des remous. Arguant que « l'Éducation nationale n'a pas à se substituer au Planning familial », le ministre de l'Éducation Luc Chatel avait interdit le dispositif.

 

Le rapport de l'Igas change la donne.

 

Un rapport alarmant de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) sur la prévention, la contraception et l'IVG, rendu public en février, pourrait avoir rendu le terrain plus favorable à la proposition de Ségolène Royal.

 

L'Igas rapporte des chiffres préoccupants :

« On constate depuis 2002 une progression significative du nombre des IVG chez les mineures dont le taux de recours à l'IVG est passé de 8,9 à 11,5 pour mille [en 2006, ndlr]. »

 

Le rapport évoque les difficultés d'accès des jeunes à la contraception :

« Ces centres [du Planning familial, ndlr] sont loin d'être accessibles partout et à tout moment : la densité des implantations varie fortement selon les départements et laisse à découvert nombre de territoires ruraux.

 

[…] Pour les jeunes […], le prix de la consultation médicale constitue un réel problème.

 

De plus, pour ceux qui n'ont pas de couverture sociale autonome, le remboursement de la consultation entre en conflit avec la confidentialité souhaitée vis-à-vis des parents. »

 

Pour Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning familial, la publication du rapport a toutes les chances de servir la cause de Ségolène Royal.

 

« Le rapport de l'Igas a tiré la sonnette d'alarme en pointant les nombreuses insuffisances en terme de prévention et de contraception.

 

C'est une institution sérieuse. Les politiques seront désormais plus sensibles à ce type de proposition. »

 

Outre le soutien du Planning familial, et celui d'une des deux principales fédérations de parents d'élèves, Ségolène Royal peut désormais compter sur l'appui de Simone Veil, symbole majeur de la lutte pour les droits des femmes. L'ex-ministre de la Santé, à l'origine de la loi autorisant l'IVG en 1974, a déclaré début mars :

 

« Les Pass contraception de Ségolène Royal me semblent constituer une initiative intéressante. […] Les adolescentes sont souvent démunies, ce qui est fait à l'école n'est pas suffisant. »

 

Contourner l'interdiction en distribuant les Pass aux médecins

 

Décidée à utiliser le dispositif coûte que coûte, Ségolène Royal a décidé de confier son application aux médecins. Chacun des 1 700 généralistes de la région recevra prochainement cinq exemplaires du Pass contraception.

 

Le 8 mars dernier, lors de la journée de la femme, Ségolène Royal déclarait :

« Nous avons décidé de récupérer les chèques contraception qui sont dans les lycées et de les mettre à disposition des médecins-généralistes en milieu rural et urbain. Nous avons leur accord. »

 

Philippe Boutin, président de l'Union régionale des médecins libéraux de Poitou-Charentes confirme :

 

« On ne peut pas être contre le principe ! Mais venir consulter reste un obstacle pour une partie de la population. Le dispositif doit être mis en place dans d'autres structures : au lycée, par exemple ! »

 

Le Pass contraception pourrait également faire école. Inscrit sur le programme commun du PS lors des élections régionales, il commence à être « copié » plus ou moins fidèlement dans d'autres régions.

 

En Haute-Normandie, un projet similaire - le Pass prévention-contraception - a été lancé par Charlotte Goujon, une jeune colistière du président Alain Le Vern, lors de la campagne des régionales. Elle ne fait pas partie des élus, mais Charlotte Goujon l'affirme : 

« Le Pass verra tout de même le jour à la rentrée prochaine, en espérant que le gouvernement évoluera sur le sujet d'ici-là. »

 

En Île-de-France, l'équipe de Jean-Paul Huchon confirme travailler activement sur leur propre Pass contraception. Il fera l'objet d'un rapport et d'un vote le 17 juin lors de la première séance plénière du conseil régional depuis les élections.

 

Pour prévenir une interdiction, le président de la région a pris les devants, en écrivant aux recteurs des trois académies franciliennes pour obtenir leur accord. Des « solutions alternatives » sont également à l'étude.

 

Télécharger le rapport de l'IGAS

 

Source : Rue 89

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