Politique de civilisation et volontarisme politique

Publié le par Désirs d'Avenir Rueil

Nos amis du PASOK viennent de remporter une belle victoire aux élections législatives grecques, sous la conduite de Georges Papandréou. Le nouveau Premier Ministre a, à plusieurs reprises, accueilli Ségolène Royal en Grèce lors de rencontres de haut niveau mêlant des responsables politiques du monde entier et des chercheurs. En ces occasions, Ségolène Royal a notamment exposé ses conceptions concernant le rôle des socialistes dans un monde dont le modèle de développement a failli, la tâche historique qui devrait être celle de l'Europe dans ce contexte, l'apport d'une démocratie authentiquement et radicalement participative dans une perspective d'intervention des citoyens dans les décisions qui les concernent et d'efficacité des politiques publiques.


Le PASOK lui a demandé un court texte montrant, à travers un exemple concret, ce que peut l'action politique pour inverser la fatalité et anticiper l'avenir. Cette contribution sera publiée, avec d'autres exemples venant d'autres pays, dans un numéro spécial du grand quotidien TO VIMA, tiré à 400 000 exemplaires et conçu avec Republic, le think thank du Parti socialiste grec. Cette édition exceptionnelle vise à nourrir un large débat citoyen dont le nouveau gouvernement de gauche compte s'inspirer pour enrichir ses orientations.


Ségolène Royal a fait le choix d'évoquer le cas précis de la voiture électrique lancée en Poitou-Charentes et de la reconversion de l'entreprise Heuliez :


« Les crises témoignent d'un monde qui n'est plus et annoncent un monde qui n'est pas encore. Tel est le moment historique. L'étroite interdépendance de ce que, par facilité de langage ou paresse de pensée, on nomme communément « les crises » (financière, économique, sociale, écologique, alimentaire, démocratique...) et l'impossibilité de les traiter l'une sans l'autre montrent qu'à un modèle globalement à bout de souffle et facteur d'insécurités multiples, la gauche du 21e siècle doit opposer ce que le sociologue Edgar Morin appelle une « politique de civilisation ».


Dans cette perspective, c'est de front que doivent être relevés les différents défis qu'une vieille pensée de la société et du progrès cloisonnait à l'excès.


Un exemple : le défi écologique. Impossible d'accomplir cette révolution écologique dont nous savons l'urgence en la cantonnant à une approche artificiellement sectorielle. Une autre conception du développement et une réelle efficacité de la protection de notre environnement, cela veut dire une reconversion radicale de nos économies, des politiques industrielles anticipatrices, un investissement massif dans la recherche et la formation pour stimuler la création d'activités et de manières de produire inédites. Cela veut dire en même temps un enrichissement de notre conception de la justice sociale au-delà la redistribution après coup, certes nécessaire : c'est aussi en amont que des politiques d'égalité réelle doivent intégrer la dimension écologique, avec l'accessibilité des transports publics, la qualité de l'habitat social, l'abaissement des factures des ménages populaires par les énergies renouvelables, la lutte pour la santé au travail industriel et agricole, la réinvention des solidarités Nord-Sud, etc.


Quand j'ai décidé, devant l'indifférence des constructeurs automobiles français, de lancer dans la Région que je préside un appel à projets pour la fabrication d'une voiture électrique bon marché, je l'ai fait pour un faisceau de raisons. Ecologiques : un véhicule affranchi du pétrole et non polluant. Economiques : encourager des entreprises innovantes et reconvertir un équipementier automobile, détenteur d'un solide savoir-faire, qui risquait de disparaître parce que ses donneurs d'ordres l'avaient lâché et que le fatalisme des notables le condamnait. Sociales : transformer des centaines d'emplois menacés en emplois d'avenir et mettre à la portée de tous une voiture à faible coût. Fiscales : favorable à une fiscalité écologique efficace et socialement juste, je me suis opposée à la taxe carbone telle que le gouvernement Sarkozy l'a décidée car, sans voitures électriques à bas prix aujourd'hui disponibles ni transports collectifs adaptés aux milieux péri-urbains et ruraux, où est la liberté de choisir un autre mode de transport que sa voiture individuelle à essence et, pour les familles populaires, d'être écologiquement responsables ?


J'ai voulu que la Région solidifie conjointement l'offre et la demande de véhicules électriques. Avec un coup d'avance, nous avons mobilisé les entreprises sur un projet novateur. Nous sommes entrés au capital de cet équipementier à hauteur de 5 millions d'euros (une première en France !) pour favoriser l'implication de repreneurs privés et obliger l'Etat à faire son devoir en mobilisant son Fonds d'investissement stratégique théoriquement créé pour stimuler la relance. Nous avons pris en charge la sécurisation des parcours professionnels des salariés (formation et garantie de ressources) dans le temps de latence entre la disparition des anciens emplois et la création des nouveaux. En parallèle, nous agissons sur la demande en mobilisant entreprises et collectivités territoriales pour qu'elles achètent ces véhicules électriques et en créant une aide à l'achat pour les particuliers.


Cette implication n'est en rien un retour à « l'économie administrée » de jadis, quand l'Etat se piquait de jouer directement les entrepreneurs. Ce modeste exemple illustre ce que je crois devoir être le nouveau volontarisme de la puissance publique, à l'opposé du pseudo-volontarisme surjoué mais sans résultats de la droite sarkozyste : répondre aux difficultés d'ici et maintenant en imaginant l'avenir et faire le choix de politiques multidimensionnelles où la justice sociale, toujours, est la condition de l'efficacité économique, écologique et démocratique. »


Ségolène ROYAL

Présidente de la Région Poitou-Charentes

Présidente de Désirs d'Avenir

ancienne Ministre

députée honoraire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article