Ségolène Royal en Martinique : les promesses non tenues par le Président

Publié le par Désirs d'Avenir Rueil

Arrivées à Fort de France dimanche après midi, Ségolène Royal et sa délégation ont été accueillies très chaleureusement par des élus, des militants de Désirs d’Avenir et du PS.

 

Jusqu'à mercredi, la délégation effectue en Martinique des visites de terrain et des réunions de travail sur les thèmes de la prévention des risques majeurs, de la croissance verte et de l'emploi des jeunes.

 

Ségolène Royal est accompagnée de Bernard Lesterlin, député de l'Allier, chargé au groupe socialiste de l'Assemblée nationale des questions ultra-marines, de Françoise Mesnard, vice-présidente du Conseil régional, et de deux maires qui ont été confrontés à la tempête Xynthia qui a frappé il y a un an la Charente-Maritime.

 

Ils étudient la manière dont les Martiniquais, confrontés depuis toujours aux risques naturels majeurs, les anticipent, pour appliquer ensuite leurs méthodes à la Région Poitou-Charentes et faire en sorte qu’un drame tel que celui produit par la tempête Xynthia ne recommence pas.

 

Voici le programme de travail de la délégation jusqu’à mercredi :

Lundi 23 février :

- Entretien de Ségolène Royal avec Serge Letchimy, Président du Conseil Régional – Hôtel de Région

- Réunion de travail à l’Hôtel de Région avec des acteurs martiniquais de la prévention des risques majeurs, de la croissance verte et de l'emploi des jeunes. Ségolène Royal et Serge Letchimy ont annoncé la signature prochaine d'une convention de partenariat entre les deux régions sur ces trois questions

- Visite de travail du Parc Régional Naturel de la Martinique sur le thème de la protection de la biodiversité

 

Mardi 22 février :

- Accueil par le maire et les adjoints au maire de Fort-de-France

- Réunion de travail avec les élus de la commune du François sur la question des risques majeurs

-  Visite du Régiment du Service Militaire Adapté qui donne une formation professionnelle à des jeunes sans qualifications ni repères

- Visite du Poste de commandement de la prévention des risques majeurs qui comporte notamment un simulateur de tsunami et un simulateur sismique

 

Mercredi 23 février :

- Visite d’une exploitation agricole horticole engagée dans un projet de dépollution des sols à Trinité

- Réunion de travail sur l’emploi des jeunes à la mairie de Trinité

- Après-midi : départ pour la Guadeloupe

 

Lors de leur rencontre à l'hôtel de Région, Ségolène Royal et Serge Letchimy ont dénoncé, à la veille d'une journée de mobilisation dans l'Éducation nationale, la suppression de 230 postes en Martinique, et ont exigé du Gouvernement qu'ils rendent ces postes.

 

En juin 2009, Nicolas Sarkozy disait aux Antillais : « Imposons la culture du dialogue, de l'écoute, du compromis. Et vous ne serez pas déçus de la réponse de l'Etat (…). On attend de moi des résultats, des prises de décision, du courage, de l'imagination, de l'audace (...) Croyez bien que je serai au rendez-vous ».

 

L’occasion est donnée de faire le point sur ses promesses.

 

1ère promesse non tenue : le Budget 2011 de l'Outre-Mer, deux fois plus taxé que les autres !

Nicolas Sarkozy avait dit qu'il fallait au Ministère de l'Outre-Mer les moyens d'agir et de tenir son rang. Résultat : les crédits de l'outre-mer diminuent deux fois plus que le reste des dépenses de l'Etat ! 300 millions d'euros sont ponctionnés cette année sur ce budget déjà maigre.

 

2ème promesse non tenue : l'Éducation

Nicolas Sarkozy promettait lors du conseil interministériel novembre 2009 : « nous allons renforcer la lutte contre le décrochage scolaire par un suivi renforcé des élèves : c'est un crime contre l'avenir que de laisser nos jeunes s'enfoncer dans l'absentéisme ».

Résultat : la Martinique détient, pour la rentrée 2012, le record national de suppressions de postes proportionnellement à ses effectifs. Après 117 postes rayés de la carte l'année dernière, 239 autres doivent disparaître, soit une diminution des effectifs enseignants de 3,9 %.

En Guadeloupe, 160 postes seront supprimés à la rentrée prochaine. Là aussi, les mêmes causes produisent les mêmes effets désastreux.

 

3ème promesse non tenue : le soutien aux investissements productifs dans le photovoltaïque.

Nicolas Sarkozy avait déclaré : « il est tout simplement incompréhensible que le potentiel fantastique de nos outre-mers ne soit pas davantage mobilisé, notamment dans le secteur de la production énergétique » et aussi « j'annonce que l'État va augmenter de 20 % les tarifs de rachat des énergies propres, qu'il s'agisse de géothermique, de biomasse, d'énergie marine ou d'énergie solaire » (novembre 2009).

Malgré ces engagements, le secteur photovoltaïque subit une double peine : les crédits d'impôts pour l'équipement des particuliers sont brutalement diminués de 50 % à 25 % (alors qu'outre-mer, le pouvoir d'achat des ménages est beaucoup plus faible que dans l'Hexagone) et la défiscalisation des investissements productifs réalisés dans ce secteur est totalement supprimée.

 

4ème promesse non tenue : 150 millions supplémentaires pour le développement économique de l'outre-mer.

Le gain réel est plus modeste : 75 millions d'euros.

 

5ème promesse non tenue : le Fonds exceptionnel d'investissement.

Annoncé dès février 2009 par Nicolas Sarkozy, il a bien été créé et initialement doté de 50 millions d'euros mais, au Budget 2012, il ne reste plus que 3 millions d'euros pour financer des projets nouveaux, tout le reste correspondant à des opérations déjà engagées.

 

6ème promesse non tenue : le Small Business Act à destination des TPE et des PME.

Il s'agissait de faciliter l'accès des très petites et moyennes entreprises aux marchés locaux et régionaux en favorisant leur structuration en filières, en les accompagnant en matière d'innovation et de recherche-développement pour qu'elles améliorent leur compétitivité, en créant un Fonds d'intervention de proximité, etc. La plupart de ces mesures n'ont pas été mises en œuvre.

 

7ème promesse non tenue : rénover le dialogue social.

Pas d'avancées significatives dans un domaine dans lequel le mouvement de 2009 a montré qu'il y avait beaucoup à faire pour améliorer la reconnaissance du fait syndical et développer une démocratie sociale vivante.

 

8ème promesse non tenue : la défiscalisation.

Les recettes de la défiscalisation représentent, outre-mer, près de 2 fois le montant des crédits du Ministère (3,2 milliards d'euros).Le système a ses défauts et toujours besoin d'encadrement mais il est vital pour la Martinique et pour la Guadeloupe. L'amputation de 10 % appliquée par le gouvernement à l'ensemble des dépenses fiscales correspond à un assèchement brutal d'environ 330 millions d'euros.

Nicolas Sarkozy avait pourtant promis de maintenir, au service du développement endogène, « la défiscalisation à 50 % de toutes les prises de participation dans le capital des PME locales (...) ».

 

9ème promesse non tenue : la priorité au logement social.

10 000 ménages en Martinique et 12 500 en Guadeloupe attendent un logement social que la plupart n'ont aucune chance d'obtenir au rythme de construction actuel.

Le mois dernier, Nicolas Sarkozy affirmait : « nous avons tenu à protéger le financement du logement social qui est une priorité à mes yeux » (Guadeloupe, janvier 2011).

La vérité est à l'inverse : c'est tout le financement du logement social qui est aujourd'hui fragilisé car les crédits publics (la Ligne Budgétaire Unique) qui doivent être le socle du financement du logement social ne cessent de régresser.

80 % des habitants des départements d'outre-mer ont des revenus modestes qui leur donnent le droit d'accéder à un logement social mais ce droit est bafoué faute d'accélération suffisante des programmes de construction. Ce n'est pas bon pour les familles. Ce n'est pas bon non plus pour l'emploi dans un secteur, le BTP, qui joue un rôle économique très important.

La loi sur l'habitat informel et pour la lutte contre l'habitat indigne qu'a fait voter le mois dernier Serge Letchimy est une excellente loi. Elle privilégie une approche pragmatique et humaine, respectueuse des habitants, de leur histoire et de leur mémoire.

 

10ème promesse non tenue : diversification de l'agriculture pour diminuer les importations alimentaires

40 millions d'euros devaient, dès 2010, permettre d'accélérer le mouvement avec le renfort d'Instituts techniques agricoles pour épauler les agriculteurs désireux de se diversifier. Sur le terrain, les choses tardent à se mettre en place.

 

11ème promesse non tenue : pour la vérité des prix, contre la vie chère.

« La vérité des prix, c'est un engagement que j'avais pris devant les populations d'outre-mer » rappelait Nicolas Sarkozy en novembre 2009.

Deux ans après le vaste mouvement populaire qui s'est dressé ici contre la vie chère, les prix sont repartis à la hausse, carburants en tête, et l'écart avec les prix des produits vendus dans l'Hexagone ne s'est guère résorbé.

 

12ème promesse non tenue : le Service Militaire Adapté.

Le SMA mériterait de faire école dans l'Hexagone. 2011 est l'année de son cinquantenaire. Nicolas Sarkozy avait annoncé le doublement d'ici 2012 du nombre de jeunes des outre-mers qui pourraient intégrer ce parcours de formation.

3.000 jeunes par an, âgés de 18 à 26 ans et originaires de tous les outre-mers, effectuent un service de 12 mois au cours duquel ils reçoivent une formation militaire légère, se remettent à niveau scolairement s'ils en ont besoin, suivent une formation professionnelle dans l'une des 50 filières existantes et une formation de premier secours, peuvent passer leur permis de conduire. Les taux d'insertion professionnelle ou dans un dispositif qualifiant sont de l'ordre de 80 %.

L'objectif reste bien que 6 000 jeunes puissent intégrer le SMA même si ça se fera plus lentement que prévu. Mais le taux d'encadrement, clef de la réussite, n'augmente pas proportionnellement au nombre de stagiaires prévus. Et la diminution de la durée du stage fait craindre un « SMA au rabais », avec une formation de moindre qualité et par conséquent des chances plus réduites d'insertion sur le marché du travail.

 

13ème promesse non tenue : l'égalité des droits.

Les accords de sortie de crise signés en 2009 prévoyaient le versement de 200 euros pour augmenter le pouvoir d'achat des bas salaires Le financement devait en être partagé entre l'État (100 euros), les collectivités (50 euros) et l'entreprise employeuse (50 euros).

Pour financer la part de l'État, le gouvernement a créé le Revenu Supplémentaire Temporaire d'Activité (RSTA) pour une durée de 3 ans, à l'issue de laquelle l'entreprise, si elle est signataire d'un accord, prend intégralement à sa charge le paiement de ces 200 euros.

A compter du 1er janvier 2011, il n'y a plus d'entrée dans le RSTA. Depuis la même date, le Revenu de Solidarité active s'applique outre-mer, ce qui n'était pas le cas avant. Les bénéficiaires du RSTA peuvent choisir entre continuer à percevoir cette prestation jusqu'à la fin des 3 années d'attribution ou opter dès maintenant pour le RSA.

S'il le RSA avait été appliqué en même temps que dans l'Hexagone, il aurait concerné outre-mer 356 000 foyers pour un coût d'environ 250 millions d'euros/an.

L'inégalité manifeste de traitement résultant de ce décalage dans le temps de l'application du RSA outre-mer (dénoncée à l'époque par les élus ultra-marins) a permis à l'État de réaliser sur le dos des plus démunis une économie de l'ordre de 58 millions d'euros car la prestation du RSTA est moindre que celle du RSA et ne tient pas compte du nombre d'enfants.

 

14ème promesse non tenue : le Plan Séisme

Sur l'enveloppe de 343 millions d'euros réservée dans le plan séismes de 2007, seuls 60 millions d'euros ont, quatre ans plus tard, été consommés et peu de travaux ont été effectivement entrepris.

 

L'équipe de Ségolène Royal

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