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Défendre une autre politique

Le 6 mai 2007, les français ont choisi d'élire Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République.

Ségolène Royal reste la personne qui mène une politique à la fois humaine et pragmatique notamment en tant que Présidente de Poitou-Charentes, au profit du plus grand nombre et non pour une élite du pouvoir médiatico-financier.

Avec Ségolène,nous continuons de défendre une autre politique.


Venez prolonger le débat, sur le forum Désirs d'Avenir Rueil-Malmaison :
http://da-rueil-malmaison.forumactif.com/forum.htm.

Actes et mots de Ségolène

Ségolène Royal scandalisée par la relaxe apporte son soutien total aux familles de victimes de la catastrophe d’AZF.


Ségolène Royal scandalisée par la relaxe apporte son soutien total aux familles de victimes de la catastrophe d’AZF. Elle demande en appel l’application du principe de précaution qui aurait dû conduire à des sanctions sévères.

Après huit ans d’attentes déçues, j’apporte un soutien sans faille aux familles de victimes de la catastrophe AZF et j’approuve sans réserves l’appel décidé par le Parquet.

 

Après avoir lu attentivement le jugement, j’observe que l’arrêt rendu hier par le Tribunal pointe les « défaillances organisationnelles » de l’usine AZF, pourtant classée Seveso 2 et les « dérives » dans la gestion des déchets ; il dénonce la cohabitation d’un atelier de produits chlorés et de nitrates et s’inquiète de l’absence de barrière étanche entre ces deux produits chimiques, pourtant incompatibles ; il souligne la « manœuvre grossière » de l’entreprise Grande Paroisse, propriétaire de l’usine, qui aurait « cherché à tromper la religion du tribunal, démontrant un parti pris fort éloigné de la recherche de la vérité ». Autant de mises en causes graves, autant d’agissements inacceptables. Et pourtant, malgré l’accumulation des fautes et des négligences, malgré les manquements moraux et légaux de Total et de Grande Paroisse, l’arrêt se conclut par la relaxe. C’est incompréhensible.

 

 

 

Incompréhensible, l’absence de prise en compte du principe de précaution, qui impose aux entreprises de prendre toutes les mesures nécessaires à la sécurité des salariés et des riverains. Incompréhensible aussi, l’absence de réformes pour mieux établir la responsabilité pénale de prédateurs et de course au profit, provoquant des catastrophes industrielles et sanitaires, ainsi que le demande la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés. Si la négligence reste impunie si l’irresponsabilité est récompensée, il y aura d’autres AZF.

Ségolène Royal a déclaré dimanche à La Crèche (Deux-Sèvres), où elle a lancé sa campagne pour les élections régionales, que « la réforme des collectivités territoriales abîme la France » et a demandé au Gouvernement d'entendre « le bon sens » des élus locaux.


« La réforme des collectivités territoriales abîme la France, affaiblit l'identité nationale », a lancé Mme Royal dans son discours lors du lancement de sa campagne pour les élections régionale au cours d'un meeting à La Crèche.


« Il faut que le gouvernement entende le bon sens des élus locaux. Nous ne sommes pas contre les réformes mais pour les réformes qui améliorent les choses », a ajouté la présidente de la région Poitou-Charentes, devant une salle comble de plus de 1 000 personnes (élus, sympathisants) venues en voitures, en bus des quatre départements de la région.


Pour l'ex-candidate à l'élection présidentielle, « il est urgent de résister face à une politique nationale injuste, incohérente. Et nous résisterons car nous voulons faire avancer la France. Les régions, les départements, les communes sont des lieux d'action ».


Après un film de montage photos retraçant les actions de la présidente PS de la région, Mme Royal, très applaudie, « s'est félicitée d'avoir tenu parole et d'avoir réalisé le programme bâti en 2004. » Elle s'est dite également « fière de diriger une région qui a un temps d'avance » et a indiqué « vouloir garder ce temps d'avance ».


« Il n'y a pas de petites et de grandes campagnes électorales. Les élections régionales sont un moment démocratique important. Je veux continuer à bien m'occuper de la Région, à bien m'occuper de vous parce que cela me rend heureuse », a conclu émue Ségolène Royal.

Source : France 24

Une identité nationale qui rime avec solidarité, hospitalité et ouverture au monde

 

Extraits de quelques discours et déclarations de Ségolène Royal en 2006 et 2007

 

Le 30 avril 2006, Ségolène Royal est à Cambrin, dans ce bassin minier du Pas de Calais qui n'a pas oublié la catastrophe de Courrières et prend la valeur travail au sérieux. Près de ce cimetière militaire de plus de 800 tombes, dont celles de nombreux soldats britanniques, on sait ce qu'il en coûta de défendre la République et la patrie : « Je voudrais, dit-elle, vous parler d'une valeur qui me tient particulièrement à coeur et dont je sais qu'elle a un sens, ici, à Courrières, avec ses dizaines de citoyens massacrés par l'occupation nazie. Ici, en cette journée de la déportation, comment ne pas évoquer l'idée de nation ? Je pense que l'idée de nation est une idée neuve qu'il va falloir redéfinir en la tournant vers le monde et en la tournant vers l'avenir. Le patriotisme est un mot qui a ici un sens vrai, parce qu'on se rappelle les hommes et les femmes qui ont perdu leur vie pour assurer notre liberté. Quand j'entends la droite parler de patriotisme économique pour justifier, au mépris de ses engagements, la privatisation d'un service public, Gaz de France, je vous dis que c'est un détournement de sens car aimer son pays c'est d'abord avoir le souci de le servir et non pas de se servir, c'est lui donner les moyens, à la France que nous aimons, d'être forte et de saisir ses chances, c'est faire confiance à sa jeunesse, c'est respecter ses anciens, c'est faire en sorte de déployer ses énergies vitales et collectives. C'est cela le patriotisme et c'est cela aimer la France ».

 

Le 9 mai 2006, à Villeurbanne, Ségolène Royal donne sa vision de l'action politique et des raisons que nous avons, partageant un même désir d'avenir, de « tenir debout ensemble », de nous interroger « sur ce qui fait France » de nos jours, sur ce que signifie notre « commune appartenance à la même nation », sur nos raisons partageables « d'avancer ensemble avec nos différences et la multiplicité de nos talents ». Elle appelle à « inventer ensemble pour remettre la France à l'endroit ».

 

Le 27 juin 2006, Ségolène Royal est à Soissons. Elle y évoque notamment la mémoire du jeune Louis Jaurès, fils de Jean, mort au front durant la guerre de 1914-1918, dans ce territoire où les combats pour la défense de la patrie furent infiniment meurtriers. Elle y célèbre « le fil jamais interrompu d'une histoire qui – de Jaurès à Blum et aux combats d'aujourd'hui – nous oblige et nous porte. Cette histoire est indissociable des plus grandes pages de l'histoire de France et de conquêtes sociales pour lesquelles il fallut durement batailler. C'est un héritage dont je suis fière ».

Après avoir expliqué en quoi sa conception d'un ordre juste s'oppose aux désordres civiques et sociaux que sèment les politiques d'une droite dont le masque compassionnel ne cache pas la vraie brutalité, elle en vient aux Jaurès père et fils : « J'ai été émue de découvrir grâce à vous ce que fut la courte vie de Louis Jaurès qui n'avait pas 16 ans quand son père fut assassiné, à peine 17 quand il fit le choix de devancer l'appel et de s'engager chez les dragons pour défendre la patrie en danger, et pas encore 20 ans quand l'offensive allemande le faucha à Pernant, jeune aspirant d'un régiment de chasseurs à pied (...). Envahie, la France puisa en elle la force de résister, puis de desserrer l'emprise, puis de se libérer et de réintégrer dans la nation l'Alsace et la Lorraine. Elle le fit avec l'aide de ses alliés. Malgré les erreurs d'appréciation répétées de certains de ses plus hauts galonnés. Grâce à la volonté et à la clairvoyance de quelques responsables, civils et militaires, appelés à la rescousse. Grâce aussi et peut-être surtout au courage d'un peuple mobilisé. Grâce à l'héroïsme ordinaire de ces Français de toutes catégories sociales qui n'aimaient pas forcément la guerre et encore moins après l'avoir vécue mais savaient qu'il est, dans la vie d'une nation, des moments où il faut faire son devoir et défendre le pays menacé ».

« Egaux devant la mitraille, ajoute-t-elle, beaucoup de soldats n'avaient, dans le civil, pas les mêmes droits politiques : je veux parler des troupes qu'on appelait « coloniales » et qui versèrent « l'impôt du sang » sans jouir de sa contrepartie citoyenne. Et sans que, quelques générations plus tard, un peu de la reconnaissance qui leur était due adoucisse le sort des immigrés et de leurs enfants français. Leurs noms ne furent pas jugés dignes de figurer sur nos monuments aux morts et dans nos cimetières militaires. Évoquant la mémoire de Louis Jaurès tombé au combat, comment ne pas y associer celle de tous les garçons nés ici ou venus d'ailleurs ? La France sera d'autant plus à l'aise avec elle-même, consciente de sa diversité et de son unité, qu'elle mesurera à quel point, dès le début du siècle dernier, ils étaient de toutes les origines et de toutes les couleurs ceux qui l'ont défendue en temps de guerre et reconstruite en temps de paix ».

« Juste avant sa mort, dit-elle aussi, Jaurès notait avec tristesse : « on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c'est nous qui avions le souci de la France ! ». De Jean s'attachant de toutes ses forces à empêcher la guerre qui vient à Louis s'y engageant de son propre chef, je tiens à souligner ici plus que la filiation : la cohérence. Car la haine de la guerre et l'amour de la patrie étaient, pour le père, indissociables. De même que l'esprit de défense et l'esprit de fraternité. Éviter les massacres de masse et le choc meurtrier des nationalismes égoïstes, oui. Se dérober à son devoir et capituler devant la loi du plus fort, jamais ».

 

Le 20 août 2006, lors de la Fête de la Rose à Frangy en Bresse, Ségolène Royal développe ces « deux visions de la France et deux conceptions opposées de l'exercice du pouvoir qui seront, dans huit mois, l'enjeu de l'élection présidentielle ».

Elle y affirme qu'une « autre France est possible » et s'en prend en particulier aux destructeurs de la valeur travail et des solidarités nationales. « Les Français, dit-elle, ne veulent pas de cette société du précariat et de l'insécurité sociale. Ils en ont assez de devoir s'endetter pour boucler leurs fins de mois. Ils refusent que l'Etat, garant du pacte social, manque à ses devoirs de protection. Ils s'inquiètent des incertitudes qui pèsent sur l'avenir de leurs enfants. Quand le lien social se délite, c'est la Nation qui se fragilise ».

Elle appelle à « restaurer la crédibilité de la France » dans un monde que la fin de la guerre froide n'a pas pacifié : « Dans ce monde-là, la France n'a pas le droit de jouer un rôle effacé. Elle est membre permanent du Conseil de Sécurité. Sa géographie et son histoire la mettent au contact de l'Afrique, de l'Asie et du Moyen-Orient d'où viennent certes des menaces mais aussi de solides amitiés, des attentes fortes et un formidable potentiel de développement ». Dans ce monde-là, dit-elle, « la France doit le dire haut et fort : le premier facteur de déstabilisation, c'est la misère, ce sont les inégalités qui se creusent, c'est l'humiliation de ceux qui sont bafoués ».
Mais « pour être entendue, la France doit commencer par respecter ses obligations et mettre ses actes en conformité avec ses paroles » et, pour cela, revoir de fond en comble sa solidarité avec les pays les plus pauvres. « Si je suis en situation, ajoute-t-elle, la France aura une parole qui porte dans le monde parce que notre pays assumera de manière exemplaire ses devoirs envers les pays pauvres. La crédibilité de notre parole sera restaurée car nos actes correspondront enfin à nos discours ».

 

Le 29 septembre 2006, à Vitrolles, Ségolène Royal annonce officiellement sa candidature à la candidature et « accepte d'assumer cette mission de conquête pour la France ».
Dans cette ville symbole de la reconquête républicaine, que la gauche a reprise au Front national, je veux, dit-elle, « vous parler de la nation qui tient fermement debout, de la République pour tous et de l'autorité d'un Etat efficace », toutes choses qui vont, à ses yeux, indissociablement ensemble.

« Il faut, dit-elle, que les Français le sachent : ce n'est pas en les dressant les uns contre les autres que l'on redresse le pays. Ce n'est pas en trahissant la République qu'on relève la Nation (...). Oui, la France peut reprendre la main ! Oui, elle peut se protéger efficacement contre les désordres qui l'assaillent, croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l'avenir et construire un avenir commun ».

« La mondialisation sonne-t-elle le glas de l'État et condamne-t-elle la Nation » ? Non, répond-elle avec fermeté : « Ce désir de France que nous gardons au coeur n'est pas condamné à dépérir : il constitue un atout pour les combats d'aujourd'hui. Et cette « passion de l'égalité », constitutive de notre identité, reste de nos jours le meilleur guide pour l'action. Quand on demande aux Français ce qui, pour eux, symbolise le mieux la France, ce qui vient en premier, ce ne sont ni les frontières ni la langue, c'est le drapeau tricolore et la Sécurité sociale. L'emblème de la République et les outils de la solidarité : voilà ce qui cimente en premier l'appartenance commune. Mais plus les insécurités sociales quotidiennes et la précarité gagnent du terrain, plus les Français ont mal à la France. Et plus ils s'inquiètent de la pérennité de la nation, moins ils sont portés à la vouloir généreuse avec les siens et hospitalière aux autres. Car chez nous, on le sait, le social et le national marchent ensemble et c'est l'État qui est le garant de leur alliance ».

« Alors, poursuit-elle, quelle est notre responsabilité ? C'est redresser le pays et lui redonner toutes ses chances. Lui donner cette fierté sans arrogance qui l'aidera à rassembler ses forces et à écrire, avec tous les siens, une nouvelle page de l'histoire. Car nous croyons à la France, à ses talents, à son potentiel, à sa jeunesse, à son goût d'entreprendre et à la solidité toujours actuelle de la Nation, de l'Etat et de la République. La France, je la vois créative, innovante mais bridée de trop de lourdeurs bureaucratiques et fragilisée par un État qui se désengage. Je la sens en avance sur ceux qui la gouvernent (...). La droite a le toupet d'appeler « réformes » - les mots n'ont plus de sens ! - le démantèlement des protections sociales et l'avènement d'une société du précariat (...). Ce n'est pas moderniser le pays : c'est défaire la France ».

« Je crois, dit aussi Ségolène Royal ce jour-là, que la nation dans le monde d'aujourd'hui est protectrice des individus et doit apporter à chacun le renfort dont il a besoin pour maîtriser sa vie. Cette nation remplissant son devoir à l’égard de tous ses membres, je ne la veux pas frileuse, apeurée, défensive, doutant d’elle-même, mais au contraire porteuse d’un projet collectif et solidaire, d’un devoir d’invention qui lui donne tout son sens et tout son allant ! ».

« Imaginer la France, poursuit-elle, c’est vrai, ne va plus de soi et nous devrons le faire ensemble. Mais ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son « exception » pour se banaliser et s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entrave pourvoirait au bonheur de tous, c’est rendre à la France un bien mauvais service et attiser l’exaspération des Français (...).

Imaginer la France ne va plus de soi parce qu’elle s’est beaucoup transformée, pluralisée, diversifiée et colorée sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Pour en tirer parti et fierté, la France, je vous le dis, doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes ceux dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière quoique toujours exposés aux discriminations.

Oui, la France doit non seulement les reconnaître comme ses enfants légitimes, mais s’appuyer sur eux comme sur tous ses enfants. La France doit écouter ce qu’ils lui disent, notamment les moins nantis. Elle doit même comprendre ce qu’ils ne lui disent pas.

Jusqu'à quand parlera-t-on de 2ème, de 3ème ou de 4ème génération pour certains descendants d’immigrés alors qu’on ne le fait jamais pour ceux dont les parents sont originaires d’Europe ? Jusqu’à quand parlera-t-on de Français « de souche » comme si les autres étaient… de feuillage ou de branchage ?

C’est cela aussi la tâche de la gauche : aider la France à se reconnaître comme elle est et à reconnaître, dans cette diversité humaine, une formidable chance pour nous tous.

L’honneur de la République, la fidélité de la France à ses idéaux, c’est aussi la lucidité d’une histoire partagée, dans une France respectueuse de toutes les mémoires, et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs.

C’est une France qui reconnaît, en 2001, l’esclavage comme crime contre l’humanité.
C’est une France qui demande, à juste titre, pardon pour la Rafle du Vel d’Hiv’ et le régime de Vichy.

C’est une France qui refuse de reconnaître des « aspects positifs » dans la colonisation, système de domination et d’asservissement.

Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs mais, au contraire, quand elle les prend au mot et reste fidèle à elle-même que la France peut aussi, au-delà de ses frontières, parler du monde et au monde.

Car la Nation, pour la gauche, est indissociable d’une perspective plus large.

Car nous sommes de ce pays, la France, où l’on « vota la liberté du monde » et où l’on fit une Constitution en pensant à l’univers entier.

Car « c’est en donnant aux peuples l’exemple et le signal de la justice » que la France se ressemble et se rassemble ».

 

Le 17 novembre 2006, les militants socialistes choisissent dès le premier tour Ségolène Royal pour être candidate à l'élection présidentielle. Elle prend la parole à Melle, dans les Deux Sèvres, et évoque à nouveau, comme à Vitrolles, ces valeurs qui font, quand elle leur est fidèle, la grandeur de la France et de son message. « Regardez, dit-elle, l'histoire de France : c'est toujours quand le peuple s'y met que la France avance et bâtit un nouvel avenir ».

 

Le 17 janvier 2007, à Toulon, Ségolène Royal évoque la liberté, l'égalité et la fraternité malmenées par ces inégalités qui défont la France en planètes de plus en plus étrangères les unes aux autres. Elle rappelle aussi la mémoire du bataillon de Provence qui, en 1792, se porta au secours de la patrie en danger : « son chant devint notre hymne et bien des peuples de par le monde s'emparèrent à leur tour de notre Marseillaise pour clamer, chacun dans sa langue, leur volonté d'émancipation ».

« Je suis venue, dit-elle aussi, vous dire ici, à Toulon, les raisons auxquelles je tiens et celles pour lesquelles nous avons envie de croire en la France. Je la sais capable, notre France, de puiser dans ses valeurs, dans son histoire, dans sa passion de l'égalité, dans ses talents, l'énergie du redressement que tous les Français appellent de leurs voeux et qu'ils attendent parfois désespérément ».

« Je veux, poursuit-elle, une France qui accepte ce qu'elle est devenue – plurielle, diverse, colorée – et qui sache s'en réjouir et en tirer parti. Je veux une France qui reconnaisse comme ses enfants légitimes tous ceux dont les familles sont venues d'ailleurs et qui sont aujourd'hui des Français à part entière quoique toujours en bute aux discriminations. Je le leur dis du fond du coeur : la France a besoin de vous parce que vous êtes une grande partie de la solution ! (...) Je veux une France qui assume avec lucidité une histoire partagée, respectueuse de toutes les mémoires et accueillante à tous les siens. Une France fière de sa République et de sa laïcité, qui ne dresse pas les Français les uns contre les autres, parce que ses valeurs correspondent aux valeurs universelles qui nous permettent de dialoguer avec le monde sans que de vieux relents de « mission civilisatrice » fassent retour dans nos mots et dans nos attitudes. Ni amnésie, ni repentance : je veux une France capable de porter un regard apaisé et de poser des mots justes sur son histoire. Capable de reconnaître l'esclavage pour ce qu'il fut : un crime contre l'humanité. Capable de reconnaître la colonisation pour ce qu'elle fit : dominer et spolier. Capable de reconnaître la part prise par la police de Vichy dans la rafle du Vel d'Hiv' et la déportation des Juifs français ».

 

Le 6 février 2007, au meeting parisien de la Halle Carpentier, Ségolène Royal revient, une fois encore, sur l'histoire de France et l'actualité de ses valeurs.

« La France, dit-elle, n'est pas la synthèse impossible de l'Ancien Régime et de la Révolution. Laissons cela au candidat de l'UMP. Pour nous, le droit divin et la souveraineté du peuple, ce n'est pas la même chose. Le règne de l'arbitraire et celui de la loi, non plus. Le privilège s'oppose à l'égalité et le sujet au citoyen. Entre l'Ancien Régime et la Révolution, il y a l'esclavage. Entre le Code Noir de Louis XIV et la Déclaration des droits de l'homme, les valeurs ne sont pas les mêmes. Comme si cela pouvait s'oublier... A moins que cette volontaire confusion des repères ne soit là que pour préparer des ralliements au second tour ».

« Bien sûr, ajoute-t-elle, il y a de la continuité dans notre histoire mais c'est la rupture opérée par la Révolution qui explique encore la France d'aujourd'hui. Car la Révolution a voulu fonder une communauté de citoyens. Aujourd'hui, le règne débridé du capitalisme fou et du libéralisme sauvage en sape les fondements et porte atteinte à la valeur du travail. La nation, ce n'est pas seulement une histoire partagée et assumée : c'est le désir de faire encore de grandes choses ensemble. La France ne demande pas aux citoyens d'où ils viennent mais où ils veulent aller ensemble. La République ne demande à personne de renier ses origines, ses racines, ses attachements, sa culture, ses croyances : elle invite chacun à s'asseoir à sa table, à égalité de droits et de devoirs.

La France de demain comme celle d'hier se nommera diversité.

Et son unité se forgera dans un projet partagé.

La France est diverse, multiple, colorée, métissée et pourtant très française si elle sait être fidèle à ses valeurs, protectrice de tous les siens et ouverte sur le monde.

Je ne la laisserai pas se défaire.

Je veux une France accueillante à toutes les mémoires mais je ne veux pas que notre espace public soit le champ de rivalités mémorielles, de confrontations sous le prétexte de l'origine, de la couleur ou de la croyance. Pour vivre ensemble à égalité de droits et de devoirs, nous avons besoin de règles. La première d'entre elles, c'est la laïcité, respectueuse de la liberté de pensée, de conscience et de culte ».

« Il est facile, dit aussi Ségolène Royal, d'associer le temps d'un discours Guy Môquet et Achille de Peretti, Jeanne d'Arc et Édouard Balladur, mais quels que soient les mérites des seconds (dont le principal est d'avoir fait la carrière du candidat de l'UMP), sachons quand même mettre à leur juste place, autrement éminente, la fille rebelle de Lorraine et le jeune résistant communiste qui n'eurent jamais 20 ans parce qu'ils aimèrent la France à en mourir ».

Elle dit aussi ceci : « A ceux qui veulent une France meilleure, le candidat de l'UMP a répondu par ces mots terribles : « s'il y en a que ça gêne d'être en France, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas ! ». Savez-vous que ce slogan  a été emprunté à la droite américaine du temps de la guerre au Vietnam ? Savez-vous que ce slogan a été celui de la dictature brésilienne qui disait « le Brésil, aimez-le ou quittez-le ! » ? Voilà quelles sont aujourd'hui leurs références.

Alors non, ce langage de division, ces mots violents font insulte à tous ceux qui, de Victor Hugo à Charles de Gaulle, d'Emile Zola à Pierre Mendès-France, ont dû quitter la France pour la sauver et la relever. Cette division agressive entre les Français légitimes et les autres, contraints au silence ou au départ, non, ce n'est pas la France que nous voulons !

Aimer son pays, c'est le vouloir meilleur.

Aimer son pays, c'est l'écouter, le rassembler, l'améliorer, le transformer.

C'est assumer son histoire et l'aimer les yeux grands ouverts.

Alors il ne l'aimait pas, la France, Péguy qui disait : « c'est parce que nous sommes bien français que les massacres coloniaux nous donnent comme un remord personnel » ?

Alors elle ne l'aimait pas, la France, Simone Weil, philosophe et Résistante, qui disait : « l'amour de la patrie doit avoir les yeux ouverts sur les injustices, les cruautés, les mensonges, les crimes de notre passé, sans dissimulation ni réticence et sans en être diminué » ?

Alors il ne l'aimait pas, la France, Camus qui disait : « il est bon qu'une nation soit assez forte de tradition et d'honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs » ? Mais, ajoutait-il à juste titre, « elle ne doit pas oublier les raisons qu'elle peut avoir de s'estimer elle-même ».

« Aimez la France ou quittez-la » : rien de bon pour la France ne sortira de ces mots ! ».

Ségolène Royal évoque Léon Blum déclarant à ses juges, lors du procès de Riom : « vous ne pourrez pas nous chasser de l'histoire de ce pays. Nous avons, dans un temps bien périlleux, personnifié et vivifié la tradition authentique de notre pays, qui est la tradition démocratique et républicaine. Nous sommes dans la tradition de ce pays depuis la Révolution française, nous ne sommes pas je ne sais quelle excroissance monstrueuse dans l'histoire de ce pays parce que, tout simplement, nous avons été un gouvernement populaire ».

« C'est, dit-elle, le même esprit qui a inspiré aux Antilles ces grandes figures de notre lutte commune contre l'esclavage et la colonisation que furent Louis Delgrès, la Mulâtresse Solitude, Frantz Fanon et Aimé Césaire qui me fait aujourd'hui l'honneur de son soutien.

C'est à cause de toute cette histoire que je ne veux pas que la France s'effraye de cette vitalité juvénile et populaire qui s'exprime dans nos banlieues. Je ne veux pas d'une France qui s'effraye des mots des rappeurs, de leur chronique acérée du quotidien des quartiers, de leur cri de révolte, de leur soif de respect et d'égalité. Car ils reprennent à leur façon la tradition provocatrice et libertaire de la chanson populaire française ».

« L'histoire – Ségolène Royal y insiste – n'est jamais un passé mort. Elle éclaire et elle travaille le présent. Notre histoire est faite de cultures et d'identités qui se mêlent, qui s'influencent, qui s'interpénètrent de longue date et qui forment, au bout du compte, la France que nous aimons »

 

Le 11 février 2007, lors de l'immense rassemblement de Villepinte, Ségolène Royal expose son projet pour la France, les diagnostics et les propositions de son pacte présidentiel.

Disant ce qu'elle veut pour les jeunes, elle cite ce que l'un d'eux lui a dit : « une bonne partie des violences est engendrée par le manque de considération envers certains jeunes. Ils ne se sentent pas utiles à la Nation et ont, de ce fait, l'impression que la Nation ne fait rien pour eux, donc qu'ils ne lui doivent rien ».

Voilà pourquoi, dit Ségolène Royal, « je ne veux pas de cette société toujours plus violente (...), de cette société du tous contre tous, de cette société du chacun pour soi. Je veux que la France aime sa jeunesse et exerce sur elle une juste autorité qui lui permette de grandir ».

« Du fond du coeur, je vous le redis : la France a besoin de vous, vous êtes la chance de la France. Je veux une France qui vous écoute, une France qui vous comprenne et une France qui, en même temps, soit exigeante envers vous. Je veux une France qui entende ce que lui dit Diam's dans « Ma France à moi » : « il ne faut pas croire qu'on la déteste mais elle nous ment (…) ; ma France à moi leur tiendra tête jusqu'à ce qu'ils nous respectent ».

« Car la France, dit aussi Ségolène Royal, c'est plus que la France.

La France, c'est ce drôle de pays qui, comme disait André Malraux, n'est jamais aussi grand que lorsqu'il l'est pour tous les hommes.

La France, ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française.
La France, ce sont des valeurs universelles qui nous obligent et que nous devons porter haut pour ne pas décevoir ceux qui ont foi en nous.

L'histoire de France est une histoire vivante.

C'est une histoire qui, parce qu'elle est vivante, doit continuer de parler au monde ».

 

Mars 2007 : dans « Maintenant », livre d'entretiens en forme d'abécédaire avec Marie-Françoise Colombani (Hachette Littératures), Ségolène Royal explique les raisons de l'importance qu'elle attache à La Marseillaise.

Marie-Françoise Colombani : « Qu'un sang impur abreuve nos sillons... », faut-il encore apprendre ce chant aux petits Français ?

Ségolène Royal : Bien sûr ! En leur expliquant le sens des mots et le contexte dans lequel ils furent écrits. Ce n'est pas un chant sanguinaire et xénophobe mais un hymne révolutionnaire et patriotique. C'est celui de la levée en masse, d'un peuple en armes accourant aux frontières pour protéger la France de l'invasion étrangère et défendre la République contre les troupes coalisées de l'Ancien Régime. C'est un message universel contre la tyrannie. D'autres révolutions, après la nôtre, ne s'y sont pas trompées et ont chanté La Marseillaise dans leur langue. Quand elle la chantait chaque jour avec ses élèves, avant le cours du matin et après l'étude du soir, Louise Michel en avait les larmes aux yeux. Pour elle aussi, tant de fois emprisonnée, c'était un chant de liberté et de fraternité. On ne réécrit pas à froid, simplement pour le mettre au goût du jour, un hymne qui nous rattache directement à l'épopée fondatrice de la République. Je ne suis pas choquée que des artistes s'en emparent pour le revisiter à leur manière : Gainsbourg l'a fait, Higelin aussi. A l'art tout est permis si c'est avec talent. Mais ce legs de ceux de 1789 et de Valmy mérite mieux qu'un contre-sens : que nous en assumions la transmission. Et plutôt que d'en changer les mots, que nous en fassions vivre le message.

Le 23 mars 2007, lors du meeting de Marseille où elle revient sur les axes majeurs de son pacte présidentiel, Ségolène Royal, développe sa conception d'une « identité nationale » qui exprime le peuple rassemblé et repose sur « la certitude que les règles du jeu sont les mêmes pour tous, quels que soient l'origine, le quartier, la naissance, la famille ».  Cette « garantie d'une égalité réelle », dit-elle, « c'est le premier fondement de notre identité nationale ». Ici, « à Marseille qui s'est forgée de tant d'aventures, de tant de mouvements, de tant de peuplements riches et diversifiés, je peux le dire encore davantage qu'ailleurs : l'identité nationale, ce n'est pas de demander des comptes sur d'où l'on vient mais de savoir vers où on veut aller ensemble ».

« Comment, dit-elle aussi, ne pas dénoncer cet amalgame insupportable entre l'immigration et la menace de l'identité nationale ? ». Comment accepter cette désignation « à la vindicte publique » ? « Si tout d'un coup, tous les travailleurs étrangers s'arrêtaient de travailler, on en verrait de drôles de choses dans des secteurs entiers de l'économie ! Combien de chantiers s'arrêteraient brutalement ? Combien d'entreprises dans le secteur du bâtiment feraient faillite ? Comment cela se passerait-il dans tous les services du nettoyage ? Que se passerait-il dans nos services hospitaliers où, de plus en plus, on va chercher la matière grise dans les pays de l'autre côté de la Méditerranée alors qu'ils en auraient tant besoin pour se développer ? ».

Puis elle conclut : « Puisque nous avons parlé de l'identité nationale et puisque nous sommes à Marseille, je voudrais vous dire un mot de la Marseillaise parce qu'il y a parfois des malentendus. J'entends des jeunes dire qu'ils ne comprennent pas ces paroles sur « un sang impur (qui) abreuve nos sillons ». Levons les malentendus. La Marseillaise, c'est le chant de lutte contre toutes les formes de tyrannie, c'est le peuple qui s'est levé contre les forces de l'Ancien Régime, c'est le chant qui a été repris dans tous les pays où il a fallu secouer le joug de l'oppression. C'est le chant que Louise Michel faisait chanter à ses élèves tous les matins et tous les soirs et à chaque fois, elle qui avait connu les privations de liberté et la prison, à chaque fois, disait-elle, qu'elle faisait chanter la Marseillaise à ses élèves, elle ne pouvait s'empêcher de pleurer.

Alors, ne faisons pas de contre-sens sur ce chant, la Marseillaise. Comprenons vraiment le fond et la force historique de ses paroles. Ce n'est ni un chant sanguinaire ni un chant xénophobe, non, c'est le chant de toutes les libertés, de ceux qui risquent leur vie pour défendre les libertés, c'est le chant des Républicains, c'est le chant que je vous propose, ici, à Marseille, de chanter tous ensemble pour ne jamais oublier que le message universel de la France à travers le monde est plus que jamais d'actualité : la liberté, l'égalité et la fraternité.

A nous, la Marseillaise ! ».

Tous, ce soir-là, l'ont chantée.

Une première fois.

Et puis encore une deuxième fois.

Certains commentateurs ont fait mine de découvrir cette conviction pourtant maintes fois exprimée par Ségolène Royal.

Pourtant, dans ses discours comme dans ses écrits, elle n'a jamais varié.

Ils furent, ce soir-là, huit mille à lui emboîter le pas et à se réapproprier ce chant de lutte et d'émancipation.

Le 24 mars 2007, lendemain du beau meeting de Marseille avec sa Marseillaise entonnée ensemble, Ségolène Royal est à Correns, dans le Var.

Elle revient sur la signification de cette reconquête par la gauche d'un chant patriotique et porteur d'un message universel de liberté.

Elle ajoute aussi cela, qui va de soi sous d'autres latitudes mais déclenche, en France et à ce moment de la campagne présidentielle, d'hypocrites tollés : « Je pense que tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore. Dans les autres pays, on met le drapeau aux fenêtres le jour de la fête nationale ».

Il faut, estime-t-elle, « reconquérir les symboles de la nation, porter un regard neuf sur les valeurs de la Nation et ne pas se laisser entraîner dans un dévoiement de l'identité nationale » auquel se livre le candidat de l'UMP. « Ce sont des éléments de rassemblement. L'identité nationale, c'est d'abord tout le peuple français ». Contre une conception restrictive, excluante et diviseuse, de l'identité nationale, Ségolène Royal défend une conception généreuse, rassembleuse et solidaire de la nation, forte de ses principes républicains et ferme sur ses valeurs.

 

Le 28 mars 2007, Ségolène Royal accorde une interview à Libération qui la questionne sur sa conception de la nation et ses raisons de la revendiquer avec force.

 

Libération : Pourquoi vous êtes-vous emparée du thème de la Nation à ce moment précis de la campagne ?

Ségolène Royal : Ce thème est, par définition, présent dans une campagne présidentielle, le candidat ou la candidate ayant pour vocation et ambition d'incarner la République donc la Nation. Il est normal de pouvoir préciser sa vision des choses sur ce sujet et sur la façon dont le lien national doit s'incarner. Le candidat de la droite a donné sa vision des choses en proposant un Ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration. Le candidat UDF, lui, se moque de tout cela. Il a tort. Il est tellement pris dans son filon ni droite ni gauche qu'on ne sait plus ce qu'il pense de rien et donc, pas davantage, de la Nation. Quant au candidat du Front National, il confond Nation et nationalisme. Il y a donc une vraie confrontation des points de vue. Pour moi, c'est très clair. Je suis une Européenne résolue. Je suis partisane d'une France ouverte au monde, internationaliste et généreuse, et je considère que la Nation a un autre nom qui est la République. La Nation telle que je la conçois ne demande pas aux gens d'où ils viennent mais où ils veulent aller ensemble. Elle n'est pas fondée sur les racines, l'ethnie, que sais-je, mais sur une idée. Elle est une idée et c'est ce qui la distingue de ce qu'en ont fait nos adversaires.

 

Libération : L'affirmation de la Nation est-elle compatible avec l'internationalisme de gauche ?

Ségolène Royal : Évidemment ! La gauche est internationaliste. Mais il faut donner une réassurance sur l'identité nationale qui a besoin d'être consolidée au moment où les Français s'inquiètent de la dilution de la Nation dans la mondialisation. Jaurès lui-même a réconcilié l'idée de Nation et celle d'internationalisme. Au point, d'ailleurs, d'en mourir ! La Nation, je vous le répète, n'est pas incompatible avec l'ouverture, ni du côté du local (je suis, de ce point de vue, la seule candidate à proposer une véritable régionalisation), ni de l'autre côté, avec le fait européen. Mais cet enjeu-là est considérable au moment où l'on observe une confusion des valeurs, une montée des désordres, un doute sur les marges de manoeuvre de la politique.

 

Libération : Insister sur la Nation, c'est nécessaire pour ramener à gauche les catégories populaires ?

Ségolène Royal : Je ne fais pas de calcul. Je ne parle pas de la Nation pour plaire à telle ou telle catégorie. Il s'agit de convictions de longue date. Ministre de l'Enseignement scolaire, j'avais déjà mis l'éducation civique au Brevet des Collèges. J'ai toujours beaucoup travaillé sur cette question: qu'est-ce qui fait la France ? Je l'avais évoqué à Vitrolles, lors de ma déclaration de candidature. Puis lors de l'investiture. Ce n'est donc pas une question de tactique politique.


Le 6 avril 2007, à Carmaux, dans le Tarn, Ségolène Royal prononce un discours sur Jean Jaurès, sa vie, ses combats, son message. Elle y évoque notamment sa conception de la Nation : « Jaurès avait l'amour de la France, de la République et de la Nation. Il croyait, et je crois avec lui, qu'un peu d'internationalisme éloigne de la patrie et que beaucoup y ramène. Il vibrait de ce patriotisme bien compris qui est l'ennemi du chauvinisme et le contraire du nationalisme (...). Il croyait profondément que le pays de France ne saurait se passer longtemps d'idéal. C'est l'un des enjeux et non le moindre de cette campagne présidentielle ».

Interview parue dans le journal La Tribune du 10 novembre 2009


Êtes-vous en faveur d'un président du Conseil européen fort ou plutôt d'un organisateur ?

Dans un premier temps, il est évident que sa fonction sera d'organiser une nouvelle donne. Mais rapidement, il faudra qu'il incarne tout un continent avec charisme si l'on ne veut pas qu'à peine créé, ce rôle soit disqualifié.


Le casting se déroule ces jours-ci et on se dirige vers quatre hommes aux quatre postes clés à Bruxelles. Faudrait-il une femme à la tête du Conseil ?

Il est encore temps pour faire aussi émerger des femmes dans ce monde très masculin des institutions européennes. Une femme ou un homme... ce qui compte, c'est sa conviction pour faire avancer l'Europe et sa compétence. Il ou elle doit bénéficier de la confiance des chefs d'État et de gouvernement et donner une visibilité à l'Europe par son action et par sa parole.


Il règne une certaine opacité autour de cette désignation. Quelqu'un de fort peut-il émerger de cette façon ?

Effectivement, c'est l'impression que cela donne mais il est évident que quelqu'un de bien peut émerger. Il faut le souhaiter. À terme, c'est au suffrage universel que devra être désigné le président de l'Europe. Et cela n'enlèvera rien, contrairement à ce que l'on entend, à la légitimité des chefs des États-nations.


L'Europe est-elle assez ambitieuse politiquement selon vous ?

Je redis ici ma conviction : il faut aller beaucoup plus loin vers les États-Unis d'Europe. Il faut réaliser le rêve de Victor Hugo. J'ai la conviction que la crise sans précédent que nous traversons nous oblige à redéfinir une Europe à visage humain qui nous rende plus fort à l'échelle de la planète. La chute du mur de Berlin fut une étape décisive pour la réunification de l'Europe. C'est cette histoire qu'il faut maintenant accélérer en engageant un processus pour créer les États-Unis d'Europe.


Croyez-vous que Nicolas Sarkozy veuille d'un président fort à Bruxelles ?

S'il craint qu'un président fort à Bruxelles lui fasse de l'ombre, il a tort. C'est parce que l'Europe sera plus forte que chaque pays d'Europe le sera. L'histoire à écrire est plus grande que nous et les itinéraires personnels sont à mettre au service de cette histoire et pas l'inverse.


La gauche européenne a salué le travail de Nicolas Sarkozy durant la présidence française de l'Union. Êtes-vous d'accord pour dire que le chef de l'État a replacé la France au cœur de l'Europe ?

Ce n'est pas lui qui a remis la France au cœur de l'Europe. La France a toujours été au cœur de l'Europe depuis sa fondation, depuis Jean Monnet. Et les présidents qui se sont succédé y ont contribué. Nicolas Sarkozy n'a fait que maintenir cette position. Il aurait pu faire beaucoup plus en étant notamment à l'offensive sur un problème concret qui a créé beaucoup de malheurs économiques et sociaux en Europe : celui des abus de la spéculation bancaire. Or, sur ce sujet-là, il n'a rien fait ou presque et la France aurait pu, et peut encore, être à l'offensive.


Le gouvernement songe à créer un poste de ministre franco-allemand au mois de janvier. C'est une bonne idée ?

Oui, c'est une bonne idée et d'ailleurs, c'est une proposition que j'avais faite lors de la campagne présidentielle : celle de créer un ministère commun franco-allemand du Développement économique.


Avec le traité de Lisbonne, la France va disposer de deux eurodéputés supplémentaires à Strasbourg. Mais contrairement à beaucoup d'autres pays européens, aucune décision n'a été prise avant les élections européennes sur leur mode de désignation. Qu'en pensez-vous ?

C'est très étrange ! C'est un raté institutionnel qui en dit long sur le peu de considération que le gouvernement actuel porte au Parlement européen.

Ségolène Royal, invitée d’honneur de l’Institute for Cultural Diplomacy, a été sollicitée pour un discours, la veille des cérémonies officielles commémorant la chute du mur de Berlin, intitulé : « Un monde sans murs ».

 

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Premiers Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,

Vos Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Je suis heureuse d'être parmi vous ce soir, afin de célébrer le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

 

J'aimerais remercier l'Institut de Diplomatie Culturelle, et plus particulièrement son directeur, Mark Donfried, pour son invitation.

 

Je perçois trois niveaux principaux de signification de la chute du mur de Berlin : le début de la réunification de l'Allemagne, le début de la fin de la Guerre Froide et le début de la réunification de l'Europe.

 

Je commencerai par les deux premiers niveaux, mais j’insisterai davantage sur le niveau européen puisqu'étant une femme politique française à Berlin, cela me semble être le point le plus essentiel. Cela me permettra d’insister sur un élément majeur de mon engagement politique : le rêve des États-Unis d’Europe. Même si dans mon pays, voire dans mon propre camp, beaucoup ont été surpris de me voir, pendant la campagne des élections européennes, à Athènes avec mon ami George Papandréou, l’actuel Premier Ministre de Grèce, à Nantes avec mes camarades socialistes français, insister encore et encore sur cette idée, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est ici donnée, pour l’approfondir.

 

Certaines dates seront à tout jamais gravées dans le grand livre de l’histoire de l’humanité. Le 9 Novembre 1989, le jour de la chute du Mur de Berlin, est l’une d’entre elles.

Aujourd’hui encore, je me souviens de ce jour. Quelques images me reviennent.

Des visages heureux, des milliers de Berlinois qui marchent, en scandant « Wir sind das volk » : « Nous sommes le peuple ».

Un slogan qui se transforme, au fil des heures, en «  Wir sind ein volk » : « Nous sommes UN peuple ».

Tout est dans ce glissement, cette cohésion spontanée, cette fraternisation autour d’un mur qui s’effondre pour réunir l’Allemagne en un seul et unique peuple, comme une digue qui aurait cédé pour libérer une eau trop longtemps retenue. Et tout cela sans un blessé, sans une victime.

Je me souviens des mains qui se tendent, des corps qui se serrent, des familles qui se retrouvent, des concerts improvisés, du grand Miroslav Rostropovitch jouant du violoncelle au milieu des gravats, des groupes qui chantent, dansent, brandissent des drapeaux sur des morceaux de pierre tagués de graffitis, des coups de marteaux qui faisaient tomber ce mur, de tous ceux qui en mettaient un petit bout dans leur poche comme on emporte un bout d’histoire.

Je me souviens de ces toasts improvisés, de cette allégresse, des visages des gardes-frontières est-allemands, partagés entre l’étonnement et l’émotion…

Une foule qui rit … Ein Volk… un seul et même peuple.

Je me souviens de ces journées, que nous suivions, heure par heure, de cet évènement qui paraissait encore impossible quelques mois auparavant.

Rares étaient à l'époque les analystes et les experts en soviétologie qui avaient anticipé ce qu'il advint. A quelques exceptions près, ils expliquaient depuis toujours que, de l'autre côté du rideau de fer, rien ne changerait jamais ; qu'à nouveau et comme toujours la répression s'abattrait ; qu'il ne fallait pas être dupes de M. Gorbatchev, disaient-ils encore en 1989, dont la glasnost et la perestroïka n'étaient que des leurres destinés à désarmer l'Occident. Peu importait que le chef du Kremlin parlât de l'Europe comme d'une « maison commune », qu'il ait organisé pour la première fois des élections pluralistes, qu'Andrei Sakharov siégeât au nouveau Parlement : il était acquis pour ces experts que l'histoire était condamnée à se répéter.

 

Ceux qui ont sous-estimé l'ampleur des changements introduits par M. Gorbatchev et ceux (souvent les mêmes...) qui lui ont reproché d'avoir été l'apprenti-sorcier du délitement involontaire de l'empire soviétique ont sous-estimé le rôle historique et bénéfique de ce grand dirigeant. Lucide sur l'échec du système soviétique et décidé à le réformer, il eut l'intelligence et le courage de refuser la répression. De cela, nous sommes tous redevables à M. Gorbatchev.

 

Il y a, dans la chute du Mur de Berlin, l’une des plus belles leçons qui soient. Quelles que soient les circonstances, quelles que soient les rôles plus ou moins avérés des dirigeants soviétiques, américains, allemands, français ou britanniques, il n’y a, au-delà du ballet diplomatique souterrain, au-delà des déclarations publiques, qu’une seule vérité  : rien ne peut résister à la force d’un peuple en marche. Aucune dictature, aucun système totalitaire, aucune démocratie dévoyée, ne peut résister à l’élan d’un peuple qui décide, un jour, de dire « NON ».

Tous les régimes pervers s’écroulent grâce à la force et au courage des citoyens.

Tous les régimes démocratiques s’élèvent grâce à la force et au courage des citoyens.

Ce jour-là, j’ai pensé : « Tout est possible. Aucun mur ne peut résister à la détermination d’une poignée d’individus qui sont d’abord quelques gouttes d’eau, puis forment un ruisseau, puis une rivière, puis un océan ».

La chute du Mur de Berlin, précédée, 10 ans auparavant, par la révolte en Pologne du syndicat Solidarnosz, précéda la chute de l’empire Soviétique en 1991.

Le communisme soviétique, cette doctrine détournée, ce dévoiement d’espoir, qui se transforma très vite en tyrannie destructrice de vies humaines, de consciences, de créativité, de liberté, d’égalité, de fraternité, s'écroula en quelques douze années.

Oui, 1989 fut une année mémorable, qui vit le peuple allemand mettre à bas un mur de honte, l'URSS retirer ses troupes d'Afghanistan, la Pologne élire un gouvernement non communiste, l'Afrique du Sud choisir Nelson Mandela pour abattre cet autre mur qu'était l'apartheid, Pinochet quitter enfin le pouvoir, le Brésil organiser lui aussi ses premières élections libres depuis 30 ans, la Hongrie ouvrir sa frontière avec l'Autriche et changer de gouvernement, la « révolution de velours » triompher en Tchécoslovaquie, les régimes bulgares et roumains être renversés.

 

N'oublions pas qu'en Chine aussi, les étudiants et bien d'autres avec eux avaient fait leur cet idéal. Mais là-bas, 1989, ce fut l'instauration de la loi martiale au Tibet et l'écrasement des démocrates de la Place Tien An Men, que nous n'oublierons jamais.

 

Aujourd’hui, en 2009, le peuple iranien puise aussi son inspiration de la leçon qui nous a été donnée par le peuple allemand de 1989.

 

En France, cette année-là, nous célébrions le Bicentenaire de notre Révolution. 14 juillet, 9 novembre… nous pouvions rêver d’un monde débarrassé de l'injustice.

 

Et, dans cette euphorie de liberté, dans cette allégresse dont nous vibrions tous à voir le peuple allemand danser et chanter, nous avons cru, quelques semaines, quelques mois, que le monde allait vraiment changer, que ce monde serait enfin libéré de la scission Est-Ouest, de cette guerre froide.

C’était en partie vrai.

Mais quelques intellectuels, comme Emmanuel Lévinas, comme toujours visionnaire, nous mirent en garde, au début des années 1990.

Le grand philosophe nous disait : « Attention ! S’il s’agit bien de la fin d’une tyrannie évidente, c’est aussi la fin d’une espérance, même dévoyée. Gare à l’avènement d’un temps sans promesses. »

Une mise en garde prophétique, annonciatrice de la crise que nous vivons aujourd’hui : crise économique, environnementale, éthique, issue incontestablement de ce temps où l’ultralibéralisme et le capitalisme financier se sont mis à confisquer les promesses, à dévoyer les espérances, là où une gouvernance mondiale devrait être capable de servir le progrès de l'humanité.

Oui, le mur de Berlin est tombé, ce mur qui balafrait l’Allemagne depuis Aout 1961.

Mais d’autres murs ont été érigés.

Le mur de plus de 700 kms de long entre Israël et la Palestine, la barrière électrifiée qui sépare depuis 1953 les deux Corées, celle que l’Inde a érigé à sa frontière avec le Bangladesh, le mur qui sépare les États-Unis du Mexique, le mur de Chypre.

Il existe sur cette planète des dizaines de murs, physiques mais aussi socio-économiques, construits pour se protéger de l’autre, l’enfermer, l’encercler, le maintenir dans un ghetto, l’empêcher de se déplacer.

Ces murs tomberont un jour comme est tombé le Mur de Berlin, par la force des peuples.

Mais ces murs ne sont rien comparés aux barrières infranchissables qui enferment nos décisions. Il est plus facile de faire tomber les barricades que les barrières mentales. Des murs physiques existent mais nous savons également que des murs d'idéologies détournées enferment également le monde : le fanatisme terroriste qui instrumentalise la religion, le fanatisme économique et l'inertie écologique mènent également le monde à sa perte.

Oui, les murs invisibles existent, parfois plus coriaces que les barricades, et ils ne peuvent être abattus que par la volonté politique et par des lois, des droits et des devoirs démocratiquement partagés.

Nous sommes ici à Berlin, ville symbole d’un pays qui a su faire tomber un mur de pierre mais aussi, plus fondamentalement, le mur mental de la tyrannie.

Je ne peux m'empêcher de comparer la chute du mur de Berlin avec la prise de la Bastille, et vous dire encore et encore à quel point est essentielle la fraternité qui lie la France et l'Allemagne.

Depuis 50 ans, nos deux pays avancent main dans la main, dans une union sans cesse renouvelée, qui ne cède jamais, malgré quelques grincements ou quelques enlisements ponctuels.

Quand le mur est tombé, j’étais Députée des Deux Sèvres depuis un an.

Après avoir travaillé pendant 7 ans comme proche collaboratrice auprès du Président de la République française, un homme qui m’a beaucoup appris en politique, qui m’a inspirée, qui avait traversé le chaos du XXe siècle, qui portait cette histoire et qui l’a incarnée… François Mitterrand.

François Mitterrand et Willy Brandt partageaient le même rêve d'une Europe plus humaine, plus juste et plus inventive.

Et je me souviens de lui, avec Helmut Kohl, hissant si haut le drapeau de la fraternité franco-allemande.

Il y a eu bien sûr cet instant inoubliable, cette réinvention du lien entre nos deux pays, le 22 Septembre 1984, à Verdun.

Je n’oublierai jamais cette image, les deux mains serrées de François Mitterrand et Helmut Kohl, dans un geste si intense de recueillement et de fraternité.

Il y eut aussi ces mots, parmi les derniers que prononça le Président dans sa fonction officielle. C’était ici, à Berlin, le 8 Mai 1995, pour les commémorations du 50e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale.

Ce jour-là, François Mitterrand exprima sa fierté d’être dans votre capitale, pour accomplir l’un de ses derniers actes de Président de la République française, lui qui n’eut de cesse d’œuvrer pour renforcer les liens entre nos deux pays.

Ce jour-là, il eut des mots très simples, très épurés :

« Étrange, cruelle, belle et forte aventure, déclara t-il, que celle de ces peuples frères auxquels il aura fallu plus d’un millénaire pour se reconnaître tels qu’ils sont, pour s’admettre, pour s’unir… pour revenir ensemble à leur propre source ».

C’est exactement ce que je voudrais vous dire ce soir.

Nous voilà, vous et nous, revenus ensemble à notre propre source pour célébrer ensemble la chute d’un mur et la réunification d’un peuple qui plus qu’aucun autre en Europe, a su regarder en face, les yeux grands ouverts, sa propre histoire, sans effacer sa part la plus obscure pour faire vivre et vibrer sa part de lumière sur la scène du monde.

Oui, je me souviens de ces journées historiques.

Si l’Europe s’est construite en partie sur le couple franco-allemand, elle est aujourd’hui constituée de 27 Etats membres qui aspirent tous à la démocratie, au partage des richesses, à la création d’une véritable entité politique, forte de ses différences, capable de peser par ses décisions économiques et diplomatiques sur l’avenir de la planète.

A l'échelle de l'histoire, l'Europe politique est encore très jeune et très embryonnaire, même si le Traité de Lisbonne, aussi imparfait soit-il, représente une avancée, avec, naturellement, la création de la fonction de Président du conseil Européen.

 

Mais nous devons aller plus loin.

 

L'Europe de la culture, elle, est plusieurs fois centenaire.

 

Elle est fille des grandes universités médiévales – Bologne, Oxford, la Sorbonne, Cracovie... – entre lesquelles, déjà, on circulait pour partager le savoir et les espérances.

Elle est fille des voyageurs humanistes de la Renaissance.

Fille des Lumières et des controverses qu'elles suscitèrent d'un bout à l'autre du continent.

Fille de la conquête de la liberté de conscience, de pensée et de culte.

 

Oui, l’Europe de la culture peut être fière de ses siècles de dialogue et de créations. Et lorsque je regarde l'extraordinaire bourgeonnement culturel de Berlin aujourd'hui, après des décennies de suffocation, je suis plus que jamais convaincue de l'importance de la croyance essentielle que nous partageons en tant qu'Européens : la grande question de l’Humanité ne peut être que l’Humanité elle-même.

La chute du mur de Berlin nous oblige à aller encore plus loin maintenant.

Le temps est venu de l’Europe politique.

Il dépend de nous de relever ce défi formidable : forger une véritable Europe politique.

Oui, nous devons parvenir à une coexistence politique harmonieuse pour porter haut et fort les valeurs de l’Europe, qui fut pendant des siècles l’un des plus grands champs de bataille de l’humanité, qui fut le lieu du crime le plus effroyable de tous les temps, la Shoah, et qui pourrait devenir, contre une part de sa propre histoire, grâce à cette cohésion, et par l’union de ses différences, le continent que j'appelle : « les États-Unis d'Europe ».

J'aimerais m'attarder un peu plus sur cette idée puisqu'elle est, je le sais, l'un des éléments majeurs de notre engagement politique commun. Comme ce fut le cas lors de la campagne européenne, l’opportunité nous est aujourd’hui donnée d’exprimer ce sentiment profond.

Je l'ai porté à Athènes en mai dernier à la conférence sur « L'avenir des Gauches en Europe », conférence organisée par l'actuel Premier Ministre de Grèce, Georges Papandreou, et, comme je vous l’ai dit, j'ai approfondi cette idée pendant la campagne européenne en France, à Nantes.

Le temps est venu de rêver et de penser quelque chose de plus grand que nous.

Le temps est venu pour nous de répondre aux exigences de cette utopie réalisable : les États-Unis d’Europe.

Je sais que cette expression pourrait surprendre, puisqu'elle semble calquée sur le modèle des États-Unis d'Amérique alors que nos nations ne peuvent en aucun cas être comparées aux États américains.

Alors pour ceux qui sont surpris, je rappellerai que de grands penseurs en Pologne, en Italie, en Bulgarie, en Allemagne, et dans toute l’Europe, utilisent cette expression depuis le milieu du XIXe siècle. En France, Victor Hugo a utilisé l’expression « les Etats-Unis d’Europe » le 21 Aout 1849, lors du Congrès International pour la Paix à Paris.

Cela ne veut pas dire qu'il s'agit d'une idée du passé, au contraire, cette idée n'a jamais été aussi contemporaine.

Comme Hugo le disait avec tant de force :

« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! /.../ Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne. Un jour viendra où les balles et les bombes seront remplacés par les votes et par le suffrage universel des peuples. »

Alors que l’on voit dans l’ombre des conciliabules pour faire émerger le futur Président du conseil européen, j'aimerais paraphraser Victor Hugo et dire qu'un jour viendra, j'en suis certaine, où le Président des États-Unis d'Europe sera élu au Suffrage Universel direct.

Oui, je crois que la crise sans précédent que nous traversons nous oblige à redéfinir la manière dont nous pouvons construire ensemble une Europe à visage humain qui nous unifierait.

Il dépend de nous de constituer une zone économique juste, pour créer de la richesse, pour la redistribuer et pour réguler le capitalisme financier.

Il dépend de nous de faire exister ce modèle social, déjà parfaitement opérationnel dans les pays du nord de l’Europe qui allie création de richesse et justice sociale.

Il dépend de nous de respecter chaque culture, chaque croyance et leurs différentes identités.

Il dépend de nous de réconcilier le citoyen avec cette Europe qui semble si lointaine, si technocratique, si abstraite. Une Europe qui paraît surtout si étrangère à la souffrance de ses ouvriers, massivement licenciés dans le flot des délocalisations. Une Europe qui paraît si lointaine de ses classes moyennes, qui se demandent si elles vont elles aussi perdre leurs emplois. Une Europe qui paraît si étrangère à sa jeunesse, frappée, plus que toute autre catégorie, par le chômage et par le désespoir.

Oui, l'Europe doit changer. Mais l’Europe peut changer. N’oublions pas que l’Europe est un continent de créativité, la première puissance économique du monde, avec des travailleurs et des entreprises dynamiques, avec une population plus élevée que celle des États-Unis d'Amérique, et un mode de vie espéré par le reste du monde.

La dernière fois que je suis venue à Berlin, c’était en mars 2007, pendant la campagne présidentielle française. J’ai rencontré la Chancelière Angela Merkel. A cette époque, Airbus annonçait des plans de licenciements de milliers d’ouvriers en France et en Allemagne. J’avais à défendre les intérêts des ouvriers français, et, bien sûr, la Chancelière Merkel avait à défendre les intérêts des ouvriers allemands. Mais je me souviens très bien que, durant notre discussion, nous sommes parvenus à dépasser la contradiction de nos intérêts nationaux et à poser les bases d’une solution européenne qui prendrait en compte notre intérêt général commun. Ce que je veux dire, c’est que, aujourd’hui, la puissance de l’argent est plus forte que des nations divisées, et que nous devons unir nos forces pour nos citoyens.

Et nos peuples le savent déjà très bien, et ils ont déjà très souvent fait avancer cette idée. Par exemple, quand, en avril de cette année, les ouvriers français de Continental sont allés à Hanovre pour manifester avec les ouvriers allemands de Continental, c’était un acte concret de fraternité européenne. Aujourd’hui, c’est notre devoir de réconcilier ces citoyens avec l’Europe politique.

Réconcilier les citoyens avec l’Europe et les valeurs de progrès et d’humanisme, c’est établir à l’échelle européenne la démocratie participative, l’implication, trop souvent perçue comme tentaculaire, des 27 pays de l’Union.

Au-delà des référendums et des consultations populaires, c’est à nous d’impulser dans nos régions, nos départements, nos villes, nos pays, cette démocratie participative qui s’impose jour après jour comme une évidente nécessité. Oui, la démocratie participative est le moyen essentiel pour créer une cohésion entre les citoyens, entre les pays, et pour créer ce sentiment d’appartenance à une entité commune appelée Europe.

Oui, refaisons le chemin vers ces citoyens qui ont perdu confiance dans l’Europe, tendons-leur la main, organisons des scrutins participatifs, des budgets participatifs, des référendums, des jurys citoyens pour évaluer les décisions publiques.

Et enfin, nous devons réconcilier l’Europe avec le monde.

L'Europe doit jouer un rôle dans les grands conflits et les grands enjeux de notre temps. L’Europe doit jouer un rôle au Proche-Orient, en Irak et en Afghanistan. L’Europe doit imaginer et créer un véritable partenariat avec l’Afrique, l’Asie et l’Amérique Latine. L’Europe doit aider le peuple iranien à s’émanciper. L’Europe doit participer à la mise en œuvre de la paix au Proche-Orient et à la création de deux Etats qui coexistent dans le respect mutuel.

Nous devons approfondir et renforcer notre partenariat avec l’Inde qui est la plus grande démocratie du monde.

Nous devons être solidaires du milliard d’êtres humains qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour.

L’Europe doit jouer un rôle dans la zone pacifique, dans ce conflit larvé qui oppose la Corée du Nord à tous les pays de la zone, à commencer par la Corée du Sud et le Japon.

Nous devons adopter l’attitude adéquate pour faire progresser les Droits de l’Homme en Chine, en Birmanie, ou encore dans certains Etats africains, partout où les valeurs universelles sont menacées.

Nous devons avoir une position claire vis-à-vis de la Russie, partagée entre son rêve de gloire passée, sa méfiance à l’égard de l’Occident mais aussi son désir d’être un acteur plein et entier de la scène mondiale.

Dans ce monde multipolaire, agité par des convulsions permanentes, ce monde anxieux et dangereux, l’Europe peut jouer un rôle exemplaire avec une politique de solidarité et d’exemplarité.

Un proverbe asiatique dit qu’il vaut mieux faire 1 pas ensemble que 10 pas tout seul.

Voilà le grand dessein de l’Europe !

Je ne crois pas au choc des civilisations. Je ne suis pas non plus une déclinologue. Je crois que l’élection de Barack Obama, il y a un an, à la tête de la plus grande puissance du monde, a créé naturellement un espoir immense mais a aussi démontré que les peuples sont toujours en avance sur les puissants, que les peuples sont prêts à entendre un langage de raison, de sagesse, d’union, que les peuples n’aspirent qu’à une seule chose : la paix là où les gouvernants veulent parfois la guerre.

Je ne crois pas au choc des civilisations, ce fantasme qui voudrait que l’histoire soit déjà écrite, que la complexité des cultures, des religions et des peuples soit cartographiée, classifiée, et mène inévitablement à la confrontation.

Si le monde danse sur un volcan, il est possible de ne pas réveiller le volcan en marchant sur sa crête.

Il dépend de nous de créer une diplomatie dynamique, fondée sur un dialogue constructif, sans rien céder sur nos valeurs mais dans un total respect de l’autre. La diplomatie européenne devrait s’adresser avant tout aux peuples tels qu’ils sont pour ne pas se lancer dans d'arrogants monologues.

Et même si les résultats tardent à venir, il faut persévérer, et persévérer encore. Abraham Lincoln avait une règle dans la vie : « Je marche lentement mais je ne recule jamais ». Voilà l’une des clés. La persévérance. Il est certes plus facile de coaliser sur la haine de l’autre, de jouer avec les pulsions les plus basses, qui flattent le nationalisme et le racisme. Il faut du courage pour réunir sur l’humanisme, la bienveillance et le respect.

Hé bien je crois, moi, à cette diplomatie en Europe. Si l’Europe sait se départir d’une certaine prudence et se présenter unie sur la scène internationale, alors l’Europe, porteuse des valeurs des Lumières, jouera un rôle majeur dans la résolution des conflits actuels.

Nous pouvons y croire.

Nous pouvons y croire grâce à ce jour, le 9 novembre 1989, où un peuple entier a pu faire tomber un mur de béton, un mur idéologique, un mur de colère, sans verser une seule goutte de sang et en scandant « Wir sind das Volk » : « Nous sommes LE peuple ».

Oui, je crois à l’Europe des peuples. Et c’est pour cela que je crois aux États-Unis d’Europe.

Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. Chacun de nous, à son niveau, doit contribuer, dès aujourd’hui, à réaliser cette idée. Ce doit être la tâche de notre génération, de votre génération, jeunes gens, et je n’en imagine pas de plus grande. C’est pourquoi, j’ai pour ma part engagé, dès le 18 mai, avec Stéphane Hessel, une réflexion approfondie qui aboutira dans les prochains mois à des propositions concrètes pour faire avancer le projet des États-Unis d’Europe.

J’ai décidé de faire avancer le rêve des États-Unis d’Europe d’une manière très concrète, en confiant à une personnalité renommée et irréprochable une mission d’étude sur le projet des États-Unis d’Europe, qui réunira des think tanks européens – et j’espère le vôtre –, avec des citoyens, des syndicalistes, avec des élus, des artistes, des chercheurs, des juristes, et des journalistes européens.

Nous mènerons cette mission avec notre think tank, Désirs d’Avenir, en association avec toutes les personnes de bonne volonté qui souhaitent véritablement le changement.

Désirs d’Avenir organisera une Université Populaire Participative à Paris pour échanger nos regards européens, première étape d’une longue série de dialogues que nous mènerons durant toute l’année 2010 pour réaliser le rêve de Victor Hugo, qui est, j’en suis certaine, le rêve de bon nombres d’entre vous dans cette salle.

Je voudrais conclure sur une note plus personnelle. Lorsque j’étais enfant, je vivais en Lorraine, à l'Est de la France. Entre la guerre de 1870 et la Première Guerre mondiale, la Lorraine était une région allemande. C'est une région de sang, de larmes, et d’espoirs partagés. C'est dans cette région que j'ai entendu pour la première fois l'Hymne à la Joie de Beethoven. Lorsque j’entends l’Hymne à la Joie, je ressens une immense joie moi-même. Des années plus tard, j’ai fait des recherches sur cette œuvre. Elle fut composée par le grand musicien à l’un des moments les plus sombres de son existence. Quasiment ruiné, atteint d’une surdité galopante, abandonné peu à peu par le public. Et pourtant, dans toute cette adversité, cette 9e symphonie, qui est devenu l’hymne européen, a jailli de lui. La musique, et les paroles de Schiller, célèbrent la force du peuple et sa fraternité.

Le chemin que je vous propose pour cette nouvelle étape de la construction de notre Union est à l’image de cette Hymne à la Joie, composé par Ludwig Von Beethoven : une grande adversité, transcendée par le courage et la force de la fraternité avec un seul et unique but, qui fait sens ici plus que nulle part ailleurs, à Berlin, pour aujourd’hui et pour demain, je cite : « Pour que le cité future oublie le temps des pleurs ». Ainsi se conclut l’Hymne à la Joie. Quel beau programme politique que celui-là !

Vielen dank für dieses schöne beispiel von freiheit und brüderlichkeit, dass die Deutschen ganz Europa und dem rest der welt, vor zwanzig jahren geschenkt haben.

[Merci pour cette belle leçon de liberté et de fraternité que les Allemands ont donné à l’Europe et au reste du monde il y a 20 ans.]

Und wie es schon am vorabend des neunten November gesagt wurde, möchte auch ich sagen : « wir sind alle Berliner ! und glücklich darüber! »

[Et comme quelqu’un l’a dit avant moi, à la veille du 9 novembre je veux vous dire aussi : « Nous sommes tous des Berlinois ! », et heureux de l’être !]

Je vous remercie

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