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  • : D'avril 2006 à mai 2007, nous avons parcouru un long chemin au côté de Ségolène Royal, pour qu'elle devienne la candidate du parti socialiste aux élections présidentielles, puis la présidente. Nous avons échoué de peu mais nous continuerons inlassablement de défendre son projet.
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Continuer le combat

Le 6 mai 2007, les français ont choisi d'élire Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République.

Après des mois de combat pour expliquer la politique proposée par Ségolène Royal, nous n'acceptons pas de baisser les bras. 

Sur ce blog, vous continuerez de lire des informations vous permettant de comprendre qu'une politique à la fois humaine et pragmatique, est possible, au profit du plus grand nombre et non pour une élite du pouvoir médiatico-financier. 

Avec Ségolène,nous continuons de défendre une autre politique.

Si vous souhaitez enrichir le débat, n'hésitez pas à me contacter : dominique.millecamps@wanadoo.fr ou laisser vos contributions à la suite des articles.

L’emploi indistinct des notions de marché et de capitalisme est monnaie courante dans le discours aussi bien de la gauche que du néolibéralisme. Pourtant, il y a une réelle ambiguïté voire une contradiction entre ces deux concepts. Lever cette ambiguïté doit être un défi pour les socialistes s’ils veulent se doter enfin d’une doctrine économique claire, enjeu central de la rénovation…

Marché et capitalisme : le piège d’une imposture

Dans un contexte marqué par la nécessité de la rénovation, un des points sensibles et le plus souvent mis en avant est incontestablement la clarification du discours économique de la gauche et notamment de son rapport au marché et à l’entreprise. A la lecture de certaines publications, textes de réflexion ou déclarations, on peut pourtant être frappé par une ambiguïté récurrente : l’emploi indistinct des mots « marché » et « capitalisme » comme s’il s’agissait de deux synonymes qu’il serait possible d’amalgamer, tantôt pour les assumer, tantôt pour s’y opposer.

Or le marché et le capitalisme sont deux choses tout à fait différentes.
Le premier renvoie à un mode de régulation fondé essentiellement sur la concurrence et – condition par excellence d’une concurrence effective – l’atomicité des acteurs. Le second se définit davantage comme un mode de propriété et un processus. S’il est particulièrement difficile à définir – François Perroux parlait du capitalisme et de ses innombrables définitions comme d’un « mot de combat » – le capitalisme renvoie essentiellement en réalité à la propriété des moyens de production par des acteurs privés qui cherchent à concentrer et accumuler du capital afin d’atteindre une taille suffisante pour occuper une position dominante sur un marché, se mettant ainsi à l’abri de la concurrence.

Le capitalisme rassemble donc deux éléments fondamentaux qui sont difficiles à distinguer tant ils sont liés : un mode de propriété et un processus de concentration et d’accumulation du capital
aboutissant à la constitution d’entités économiques dont la taille est susceptible de remettre en cause l’atomicité des acteurs et d’engendrer inégalités et inefficacité.

La contradiction entre le marché, mode de régulation, et le capitalisme en tant que processus est ici aisément perceptible :
le premier favorise l’innovation, la concurrence au profit du consommateur et est tout à fait compatible avec l’émancipation individuelle ; le second, par sa logique de concentration porte in fine de sérieuses atteintes à la concurrence, provoque des déséquilibres et, parce qu’il engendre un déséquilibre des rapports de force, peut être source d’exploitation et de domination. Il constitue en définitive une perversion de l’économie de marché.

Le contraste est alors saisissant et l’on voit mal d’où pourrait provenir une confusion entre ces deux termes. Il y a pourtant une relation entre capitalisme et marché. Le marché, loin de toute la perfection des théories microéconomiques de la fin du XIXe siècle, peut porter en réalité, s’il n’est pas régulé par la collectivité, les germes d’une dérive vers la concentration inhérente à la dynamique du capitalisme. La multiplication des déséquilibres entre acteurs, au profit d’entreprises qui dominent progressivement le marché peut le faire dériver vers une situation que Schumpeter, à la fin de son œuvre, avait admirablement décrite : une configuration dans laquelle se constituent des « technostructures économiques » aucunement incitées à innover.

Or, le discours néolibéral, depuis les années 1970, contribue à brouiller habilement le message en promouvant le capitalisme sous les traits de l’économie de marché.

Dupe des apparences et victime d’un discours économique condamnant ou se méfiant au moins du marché et du capitalisme indistinctement, la gauche est tombée dans le piège de cette imposture intellectuelle.

Il lui revient aujourd’hui de lever l’ambiguïté et d’affirmer haut et fort sa préférence pour un marché régulé, qui doit faire une place à l’intervention publique afin de le prémunir de toute dérive et déséquilibre qui en menaceraient le fonctionnement et l’esprit même. Cette vision implique une reconnaissance de la légitimité des politiques de concurrence (1) à condition qu’elles n’empêchent pas les synergies nécessaires à la politique industrielle et qu’elles adoptent la maximisation du surplus du consommateur comme critère de référence.

En revanche, cette adhésion au marché, n’est pas une adhésion au capitalisme, au contraire : c’est parce que nous sommes attachés au marché que nous voulons combattre les risques de dérives que peut comporter le capitalisme. Nous adhérons au marché, contre le capitalisme en tant que dynamique tendant à la perversion de l’économie de marché. En effet, si, par opposition au communisme, nous privilégions la propriété privée des moyens de production, nous combattons les abus de position dominante qui serait source d’inégalités et d’inefficacité.

La gauche doit donc prendre garde de ne pas, à la hâte et pour satisfaire aux simplifications du discours journalistique en période de rénovation, dire qu’elle assume indistinctement un attachement au marché et au capitalisme sans lever cette ambiguïté.

Pour une approche pragmatique du marché

La reconnaissance de l’efficacité du marché comme mode d’allocation des richesses ne signifie cependant pas que sa logique soit légitime dans tous les secteurs.
S’il ne fait pas de doute que des entreprises privées peuvent être investies de missions de service public, la privatisation de certains secteurs pose question.

D’un point de vue purement économique, l’ouverture à la concurrence du secteur de l’énergie est-elle réellement porteuse d’une plus grande efficacité, sachant qu’elle entraînera inévitablement la transformation d’un marché monopolistique en un marché oligopolistique ?
Compte tenu de la lourdeur des infrastructures nécessaires, il est en effet inenvisageable que plus de trois entreprises se partagent le marché français. Or l’oligopole incite inévitablement les opérateurs à s’entendre sur les prix et ce, au détriment du consommateur, comme le montrent les ententes dans le domaine de la téléphonie mobile (sur les tarifs des SMS ou des communications internationales par exemple). Mais il y a plus. Pour les socialistes, l’accès à l’énergie constitue un droit fondamental qui peut légitimer un contrôle des prix. En outre, ce secteur est aujourd’hui au cœur de considérations géopolitiques et le marché du gaz est particulièrement vulnérable aux caprices de la Russie, ce qui incite plutôt à conserver un opérateur unique, afin de peser davantage dans les négociations avec Gazprom.

Mais il existe d’autres secteurs dans lesquels il peut être utile, voire vital de préserver des opérateurs publics, en situation de monopole ou de complémentarité avec les acteurs privés
. On peut penser par exemple aux secteurs de l’éducation ou de la culture. Si l’on ne peut que se réjouir de la diversification de l’offre générée par l’ouverture des ondes et des canaux télévisuels, l’existence de chaînes de radio et de télévision publiques a vocation à assurer des missions complémentaires, pédagogiques, culturelles et non soumises à des impératifs de rentabilité. Et elle y réussit, au moins partiellement.

Loin de tout dogmatisme, il importe donc de débattre librement du champ et des modalités de l’intervention de l’Etat.
Après avoir redéfini dans un premier temps les missions d’intérêt général au regard des besoins et des attentes actuelles de nos concitoyens, le débat politique devra déterminer ensuite si ces objectifs peuvent ou non être atteints par des acteurs privés évoluant sur un marché concurrentiel. Pourtant, trop souvent, le débat reste bloqué car ces deux  temps de la réflexion sont confondus, la deuxième étape constituant dans beaucoup d’esprits un préalable.

De même, reconnaître l’efficacité de la régulation par le marché ne signifie pas que la planification doive être systématiquement vouée aux gémonies.
En effet, les marchés répondent souvent à des logiques court-termistes et ne sont pas nécessairement à même d’assurer les investissements nécessaires pour faire face aux grands défis de demain (réchauffement climatique, économie de l’innovation, sauvegarde de la diversité culturelle, etc.). Que ce soit dans le domaine de la politique industrielle, de l’environnement ou de la culture, le politique reste donc pleinement légitime pour fixer des orientations de long terme et veiller à leur mise en œuvre, par des acteurs tant publics que privés.

La distinction entre les notions de marché et de capitalisme est donc particulièrement importante et surtout féconde en réflexions sur des thèmes tels que la politique industrielle ou l’environnement. Elle doit constituer pour la gauche la matrice et l’armature d’un discours économique sans ambiguïté, assumé, capable de voir dans un marché régulé un instrument possible au service de ses objectifs.

Sandra Desmettre et Bastien Taloc
 
 
(1) C’est, de ce point de vue, toute la difficulté et l’ambiguïté de l’action de la Commission européenne, perceptible dans son Livre blanc de 1994 sur la compétitivité : politique de concurrence ou promotion de « champions industriels » au nom de la compétitivité européenne ? La voie est étroite.

Source :
PS Sciences Po
Certains, qui n’ont pas lu les programmes présidentiels et législatifs du Parti Socialiste depuis au moins 25 ans, ne se sont sans doute pas rendu compte que depuis longtemps, les socialistes français ont accepté l’économie de marché. L’économie de marché et non pas la société de marché, comme l’a dit assez justement Lionel Jospin en son temps. Mais aujourd’hui, le capitalisme a muté et nous devons faire évoluer notre logiciel. Je vais essayer modestement d’apporter quelques réflexions à ce sujet. La régulation du capitalisme est nécessaire, ce qui est presque communément admis, mais les socialistes doivent aller plus loin et éviter deux écueils de ce système économique : le « capitalisme total » (J. Peyrelevade) d’un côté, lié à la mondialisation, le « capitalisme des héritiers » (T. Philippon) de l’autre, bien spécifique à la France.

I. Le combat contre l’aveuglement et le caractère autodestructeur du « capitalisme total ».

Le constat est implacable : la financiarisation de l’économie est galopante. Près de 2000 milliards de $ de transactions quotidiennes ont lieu, soit 730 000 milliards $ annuellement, contre seulement 10 000 milliards de $ au début des années 1980. En soi, la libre circulation des capitaux ne semble pas poser problème, dans la mesure où elle permet sans nul doute une meilleure allocation de l’épargne. En réalité, non seulement on peut douter de son utilité et des effets moutonniers, des bulles spéculatives que la globalisation financière a désormais étendus à la planète, mais surtout on est frappé par la profonde inégalité qui la caractérise.

Comme le remarque Jean Peyrelevade, la moitié de cette capitalisation boursière est contrôlée par 10 à 12 millions d’individus, pour la plupart concentrés dans les pays développés. Et au sein de ce petit groupe qui représente 0,02 % de la population mondiale, déjà très fermé, les inégalités atteignent également des sommets. 1% des plus fortunés d’entre eux possèdent 50 % de la richesse totale. Au-delà des inégalités insupportables que cela crée, les conséquences de cette globalisation financière sur l’économie sont triplement néfastes pour l’économie :

- Une gouvernance d’entreprise uniquement orientée vers la rémunération la plus élevée possible du dividende.Cela est profondément contraire à l’esprit du capitalisme d’ailleurs, entraînant un phénomène de rente actionnariale nuisible à l’esprit d’entreprise, à l’innovation. La finance, comme le disait Keynes doit être le « moteur » du capitalisme, pas sa destination ;

- Un sous-investissement massifqui sacrifie la recherche de l’augmentation de la capacité de production (et donc l’objectif du plein-emploi) sur l’autel de la poursuite effrénée d’une meilleure productivité ;

- Une logique court-termiste et incomprise : la plupart des gestionnaires de fonds de pension et autres hedge funds exigent une rentabilité annuelle de l’ordre de 15%. Comment imaginer que les entreprises puissent poursuivre indéfiniment des objectifs si élevés ? Qu’en adviendra-t-il alors de ces entreprises, ballottées entre des gestionnaires lointains, totalement coupés des réalités de l’entreprises dont ils détiennent le capital, au moment où celle-ci traversera une mauvaise passe ? Pas d’inquiétude, le capitalisme a tout prévu : les LBO (Leverage Buy Out) qui pourraient être une bonne chose, si la plupart d’entre-eux ne consistaient pas en un démantèlement pré-organisé de l’entreprise, à un capitalisme de vautours.

En réponse, les solutions doivent être novatrices: tout fatalisme doit être rejeté, même s'il s'agit d'un mouvement largement mondialisé. De fait, alors que la planète entière s’intéresse désormais aux problèmes environnementaux, la plupart des pays ont conscience de la nécessité d’une forte régulation de la part des Etats ou via des organisations internationales. A n’en pas douter, le capitalisme total est responsable de l’absence de durabilité de notre modèle économique. Il me semble donc que le combat pour l’environnement doit s’accompagner d’une action forte et résolue sur la globalisation financière. Plusieurs mesures peuvent être suggérées et faire l’objet d’une discussion avec nos partenaires européens, voire à un niveau plus élevé (OMC). Elles doivent substituer le long terme au court terme, favoriser une répartition plus égalitaire de la masse salariale et soutenir l'investissement :

- Fiscalité plus favorable aux réinvestissements dans l’entreprise(innovation, meilleur respect de l’environnement qui s’accompagne souvent de gains de productivité) aux dépens de la rémunération des actionnaires. Cela était déjà contenu dans le pacte présidentiel de S. Royal. Nous devrions continuer dans cette voie ;

- Rémunération des dirigeants qui serait encadrée de deux façons :
*Dans « un rapport maximum de 1 à 50 » cher à Warren Buffet entre les salaires patronaux et ceux des salariés ;
* Par une limitation forte de l’indexation des rémunérations patronales par rapport aux seules performances financières (et bien sûr la suppression des golden parachutes) ;

- Une taxation des revenus boursiersqui pourrait permettre de financer une partie des systèmes de redistribution des richesses, et pourquoi pas le système de retraites. Ce système, mis en avant par S. Royal et d’emblée raillé, s’il doit être précisé, ne doit pas être écarté. Quand les profits boursiers des sociétés du CAC 40 sont passés de 50 à 100 milliards € entre 1997 et 2007 et que 45 % de cette somme est désormais réservée aux actionnaires (contre 20 % en 1997), il me semble que cette réflexion n’est pas inutile.

Que les choses soient claires, notre objectif ne doit pas être de bloquer le capitalisme, mais au contraire de l’orienter, de le réguler pour lui éviter de se retrancher dans ses mécanismes autodestructeurs. On retrouve ce même objectif dans la lutte contre le capitalisme des héritiers, si bien analysé par Thomas Philippon, l’un des soutiens de Ségolène Royal durant cette campagne.

II. La lutte contre le capitalisme des héritiers ou le socialisme porteur de l’esprit d’entreprise

« Dans sa dynamique propre, le capitalisme français tend à privilégier l’héritage, qu’il soit direct (sous la forme de la transmission successorale) ou sociologique (sous la forme de la reproduction sociale par le diplôme et le statut) » (T. Philippon). La transmission héréditaire empêche le renouvellement des élites managériales. Ces rigidités du système capitaliste, qui prône pourtant la fluidité, une certaine flexibilité, sont l’une des raisons principales du blocage de la société française. De fait, les Français, plus qu’ailleurs, sont des créateurs. Un récent sondage de la SOFRES révélait que 70% des Français estimaient que les parcours les plus enrichissants sont ceux qui consistent à créer son entreprise ou à exercer différents métiers au cours de sa vie.

Selon une vaste enquête réalisée par l’IMD – école de Lausanne, la France est 57e sur 60 pour la qualité des relations sociales dans l’entreprise. Selon une autre enquête du GCR (Global Competitiveness Report), la France arrive même 99ème sur 102 ! Le management des entreprises françaises (privées comme publiques) repose largement sur un modèle mixte entre vieux relents de paternalisme et bureaucratisation sans limites. Ce dernier phénomène est remarqué dès les années 1950 par les experts américains envoyés en France pour le suivi du plan Marshall. Pour eux, le retard de productivité entre la France et les Etats-Unis s’explique principalement par le type de gestion des ressources humaines menées par les chefs d’entreprise. Le capitalisme d’héritiers se transforme donc en reproduction permanente des élites et finalement à la désagrégation de cette caste, incapables d’innover, souhaitant simplement conserver ses positions. Le capitalisme familial peut être utile, dans la mesure où il permet de préserver le capital des entreprises dans un noyau stable, identifiable mais le capitalisme familial se doit de distinguer la gouvernance d’entreprise du management de celle-ci, qui doit lui faire place à la diversité, au renouvellement.

Voilà pourquoi, nous socialistes, avons au final l’obligation de faire ce que la droite ne peut pas faire,trop proche des milieux patronaux, des grandes familles.

Voilà pourquoinous devons nous opposer fermement et fortement à la législation antiéconomique et injuste sur la suppression des droits de succession que propose le gouvernement Sarkozy/Fillon. Cette légitimation de la rente contribuera à renforcer encore ce capitalisme d’héritiers qui mine la société française depuis 50 ans.

Voilà pourquoi, au-delà de la protestation, nous devons proposer plusieurs pistes d’actionsqui sont pour le coup, directement applicables par un gouvernement, tellement ces maux sont assez typiquement français :
- Mettre en place une fiscalité progressive sur les successions. Faciliter la transmission en ligne directe pour les petites entreprises (artisans, commerçants) mais ne pas la faciliter pour les PME et les grandes entreprises. L’enjeu est fondamental : ce sont 700 000 entreprises qui vont changer de mains dans les 20 prochaines années, représentant la création de 300 000 emplois par an ;
- Faciliter la création d’entreprises par le crédit et la coordination des talents : certaines mesures étaient déjà contenues dans le pacte présidentiel mais demandent à être précisées. Nos faibles capacités à l’exportation (déficit commercial record de 30 Mds € en 2006) s’expliquent en grande partie par la taille des entreprises françaises. Trop peu de PME de taille moyenne, trop de peu de mini-groupes (entre 500 et 3 000 salariés). Nous n’allons pas décréter la création d’emplois. Il s’agit en revanche de faciliter la création d’entreprises de taille modeste, des projets individuels, par l’intermédiaire des « bourses-tremplins » qui doivent pallier le manque de prise des risques de la part des banques. Mais pour être efficaces, pour se coaliser, ces entreprises doivent pouvoir se regrouper, soit dans le cadre de « pépinières » qu’il faut créer dans les universités, soit dans le cadre de pôles de compétitivité auxquels il faut donner une vraie cohérence et les fonds pour agir. La politique industrielle de l’Etat, en la matière, n’est définitivement pas morte.
- Rénover le dialogue social : la réforme de la présomption irréfragable de représentativité doit être effectuée, d’autres syndicats doivent émerger et être considérés comme représentatifs. On avait à un moment évoquer l’adhésion obligatoire aux syndicats, je ne pense pas qu’il faille d’emblée écarter cette idée, à condition de rénover a priori les dits syndicats. Cela est la condition essentielle de la responsabilisation des partenaires sociaux et de la mise en œuvre d’une démocratie sociale efficace.

En limitant, par la régulation, les dégâts du capitalisme ultra-financier aveugle, en fluidifiant le fonctionnement des entreprises, de leur management et du dialogue social qui s’y installe, la gauche française et le Parti Socialiste en particulier ont la lourde tâche de montrer que c’est leur projet qui est porteur de la création de richesses, sur le long terme, au service de l’ensemble des composantes d’une économie de marché saine et dynamique. Bien sûr, cela doit passer par certaines ruptures au sein de notre corpus idéologique (« il faut en finir avec l’idéologie punitive des profits », comme dirait Ségolène Royal) mais cela témoigne aussi de l’extraordinaire vitalité de nos idées, de notre façon de voir le monde, d’une justice sociale au service de la performance économique et vice versa.

Face à la droite la plus rétrograde du monde, digne de la fin du XIXe siècle (les droits de succession avaient été supprimés, conduisant déjà à une économie ankylosée), ce sont nos idées qui doivent permettre à la France de gagner la guerre économique du XXIe siècle, tout en n'abdiquant pas sur la bataille sociale !
 
Jonathan Gindt
 
Source : PS Sciences Po
Parmi les forums organisés par le Parti Socialiste, des rencontres sur le thème de la culture sont proposées.
Pendant la campagne présidentielle, Ségolène Royal avait mis ce thème au coeur de son projet. Au travers de la rencontre du 26 mars, découvrez ce que représente la culture pour le Parti Socialiste.
Venez débattre de la culture sur ce blog
http://themelakultur.over-blog.com/.

 



Ségolène Royal organisait des rencontres culturelles le 26 mars au Lieu Unique, ancienne biscuiterie nantaise reconvertie en centre culturel. À la suite des témoignages d’artistes, comédiens, écrivains et représentants du monde la culture, la candidate a dit vouloir retrouver le souffle du 10 mai 1981 et a rappelé que la culture se trouve au coeur du Pacte présidentiel. Elle a notamment plaidé pour le renforcement de l’éducation artistique à l’école et rendu hommage au rôle des intermittents.
Retrouvez les réactions de Jean-Marc Ayrault, Jean Blaise, Najat Balkacem, Fabrice Bousteau, Catherine Corsini, Catherine Trautman, Catherine Tasca, Vincent Peillon, Aurélie Filippetti, Erik Orsenna et Daniel Mesguich à l’issue de ces rencontres.
logo-gracques-2.jpg« Les Gracques » ce groupe de socialistes issus des grandes écoles, s’était fait remarquer pendant la campagne présidentielle en souhaitant un rapprochement avec les centristes. 
Aujourd'hui, nous devons constater une évolution de leur part, au travers de leur site où ils proposent :
 
- les travaux de leur université d’été ;
- la publication d’un « manifeste pour une gauche moderne » ;
- des tribunes libres...
 
Le préambule du manifeste :
« La gauche est la force de ceux qui sont sans force, la voix de ceux qui sont sans voix ».
Les Gracques reviennent à des propositions plus axées à gauche :
- Une société plus juste ;
- Une politique plus vraie ;
- 15 valeurs pour agir
1-La gauche moderne est démocrate.
2-La gauche moderne est libérale.
3-La gauche moderne est intégratrice.
4-La gauche moderne est travailliste.
5-La gauche moderne est régulatrice
6-La gauche moderne est redistributrice.
7- La gauche moderne est progressiste.
8-La gauche moderne est le parti de l’éducation.
9-La gauche moderne est pour le droit à la sûreté.
10-La gauche moderne est écologiste.
11-La gauche moderne est européenne.
12-La gauche moderne est internationaliste.
13-La gauche moderne est morale.
14-La gauche moderne est réaliste.
15-La gauche moderne est transformatrice.
 
Conclusion du manifeste :
Liberté, égalité, fraternité : il y a un pacte séculaire entre l’exemplarité de la France et le progrès du monde, et c’est à la gauche qu’il est revenu de le nouer. Reprenons l’initiative pour défendre une société ouverte, conforme à notre idéal de justice et de progrès.
 
On remarque plus particulièrement dans ce manifeste, la reprise de certains éléments du programme de Ségolène Royal.
 
Cliquez ici pour consulter le site des Gracques.
Conclusion sur ce sujet :
 
« La Révolution était achevée lorsqu’elle éclata : c’est une erreur de croire qu’elle a renversé la monarchie; elle n’a fait qu’en disperser les ruines ». Cette analyse de Chateaubriand dans les Mémoires d’Outre-tombe (1848) pourrait-elle s’appliquer à l’Education Nationale ?
 
Notre système éducatif n’est ni en ruine ni à l’agonie. Il fonctionne mal et est inefficace.
Les enseignants et les élèves souffrent de ce que ses structures trop anciennes sont inadaptées aux missions qui sont les siennes. Le XXIe siècle annonce de nouveaux défis. Ceux qui pensent que l’Education Nationale ne changera jamais ont tort. Le corps enseignant se transforme peu à peu; une nouvelle génération d’enseignants entre en scène. Certains ont une expérience professionnelle préalable en entreprise. D’autres, exerçant en banlieues, travaillent en équipe et sont souvent présents en dehors des heures de service. Les moins de 30 ans représentent encore seulement 13 % de l’ensemble (Education et Formations Numéro 66, juillet-décembre 2003) mais ils ont une approche sensiblement différente du métier, attachant moins d’importance à l’appartenance syndicale, utilisant avec naturel les nouvelles technologies, étant plus proches des élèves et prenant en compte la dimension sociale de la profession. De nombreux enseignants de plus de 45 ans, qui ont connu toutes les réformes, sont fatigués et aspirent aussi à ces changements. Mais la rénovation de notre métier passe surtout par une forte et courageuse volonté politique. Or nous ne verrons pas nos dirigeants s’emparer d’un drapeau pour traverser le pont d’Arcole sous la mitraille. Ils cherchent, pour la plupart, où va la foule pour prendre avec panache la tête du mouvement.
 
Ce sera au Parti Socialiste, en tout cas celles et ceux qui oseront nous rejoindre, de convaincre l’opinion publique.
 
Il faudra :
- bousculer les blocages des syndicats fondamentalistes qui manipulent le milieu enseignant.
- persuader l’ensemble des enseignants que d’autres formes de travail existent et qu’elles permettent, elles aussi, l’épanouissement.
- que les vrais débats ne soient plus ceux n’ayant que les moyens, encore les moyens, toujours les moyens pour sujets, mais ceux développant les thèmes que je viens d’évoquer.
 
___________________________________________
 
Quelques urgences en matière d’éducation
 
I - Eliminer les fausses solutions pour une révolution des méthodes
II - Les professeurs: recrutement et formation
III - Une déconcentration et une décentralisation rationnalisées et encadrées
IV- Vers une réorganisation des enseignements
V- Enseignants, parents, élèves : civiquement et financièrement responsables
 
___________________________________________
 
I - Eliminer les fausses solutions pour une révolution des méthodes :
 
Ceux qui ont souligné hier la pesanteur du Mammouth comme ceux qui dénoncent les effets pervers du mythe égalitaire ne font que soumettre l’opinion à des remèdes médiocres :
 
- gérer l’école comme une petite entreprise avec des chefs d’établissement se comportant uniquement comme des DRH.
- fusionner école et collège alors que c’est collège et lycée qu’il faut réunir.
 
L’administration centrale donc :
- doit abandonner son vieux réflexe de fuite en avant en assurant le pilotage de la «machine» par les sempiternels et uniques moyens financiers.
- doit cesser de concentrer l’action et la critique négative sur le seul Collège en y empilant des dispositifs incohérents.
- doit s’émanciper du moule européen qui n’existe pas, chaque état ayant ses méthodes. S’émanciper aussi de l’«exemple» élémentaire, hélas bien essoufflé aujourd’hui.
- doit cesser de transférer ses compétences aux Régions sans les moyens correspondants. (Le transfert de compétences ne peut pas signifier l’abandon de la mission fondamentale de l’Etat: assumer pleinement la mise en place de la politique nationale d’éducation)
 
C’est également à l’Etat de trancher les débats ineptes entre instruction et éducation, travail et animation, pédagogie et sacralisation du savoir. Tout cela pour rappeler l’évidence: il ne s’agit pas de « sauver les Lettres », mais de les TRANSMETTRE en les faisant AIMER; il ne s’agit pas de devenir une annexe de l’ANPE, mais de préparer à l’orientation et à l’envie vers l’emploi. Rendus à leur vocation première et noble, la transmission des savoirs, les professeurs intégreront plus aisément la formation au civisme et l’éducation à la civilité. Civisme et Civilité ne sont pas des compétences; ils s’inscrivent dans une vision du monde et un projet collectif.
 
Transmission des savoirs, compétences, projets collectifs permettront aux collégiens, victimes d’une discrimination positive en forme de ségrégation, aux lycéens des quartiers protégés consommateurs d’école et aux familles de se retrouver sur autre chose que la culture du résultat qui trahit le passé sans répondre aux besoins du présent. Enfin, il serait temps de compter sur l’« équipage » du navire plutôt que sur le seul « capitaine ». C’est aux enseignants, victimes de plus de dix réformes bâclées (et j’exclus les réformettes) en trente ans, d’occuper le pont avant.
 
II - Les professeurs : recrutement et formation :
 
D’abord un mot au sujet des Sciences de l’Education et des IUFM, souvent accusés d’être, pour les premières nommés des « pseudosciences », pour les secondes de ne servir à rien, de déformer plus que former et d’être d’une facilité comparable au baccalauréat avec 99 % de titularisés. Accuser les Sciences de l’Education et les IUFM, c’est oublier un peu facilement de tenir compte des responsabilités des enseignants.
 
Concernant les Sciences de l’Education, aucune (ou presque) des recherches menées dans ce domaine, aucune des prérogatives n’ont jamais été appliquées en France. En revanche, la Finlande, pour ne citer qu’elle, fait grand cas des Sciences de l’Education et des travaux de nos chercheurs. C’est peut-être ce qui explique les résultats de ce pays en matière d’éducation en Europe... Ils sont premiers partout ! Et nous ?
 
(Il ne faut pas confondre non plus les Sciences de l’Education telles qu’elles sont pratiquées par nos chercheurs et telles qu’elles sont enseignées à l’Université. Dans le second cas, c’est hélas une catastrophe !).
 
Concernant les IUFM, ils titularisent en effet 99 % de ceux qui ont été admis aux concours d’entrée. Mais le pourcentage des admis à ce concours d’entrée est très loin des 99 %. Ceci dit, les IUFM doivent être réformés, c’est un fait, voire être supprimés.
 
Cette réforme radicale pourrait s’articuler ainsi :
 
1- L’instauration d’une année préparatoire sélective centrée sur les fondamentaux du domaine choisi par le candidat. Ceci faciliterait le « profilage » des futurs professeurs. Ce repérage précoce aurait en outre pour avantage de ménager une possibilité rapide de réorientation pour les recalés.
 
2- Cette année préparatoire serait adossée à un stage long de six mois minimum, stage encadré par un triple tutorat : un universitaire, un enseignant du second degré et un enseignant du premier degré. Ce stage comporterait obligatoirement une initiation à TOUS les métiers de l’enseignement, primaire ET secondaire.
 
3- Seule la validation immédiate des deux expériences dans des milieux scolaires contrastés, par un jury indépendant comportant au moins un Inspecteur Départemental, un IPR/IA, un enseignant du second degré et un enseignant du premier degré, donnerait accès au concours de recrutement.
 
4- Enfin, la titularisation ne serait acquise définitivement qu’à l’issue de deux années d’exercice dans deux établissements différents. Le candidat serait accompagné par une équipe souple de professeurs recrutés par l’Inspection, en accord avec les chefs d’établissement et déchargés de classe à mi-temps. Les professeurs/tuteurs devront être dotés d’un cahier des charges précis.
 
La formation continue
 
Il appartiendra aux Recteurs, en concertation avec l’Université, les Inspecteurs et les Chefs d’établissement de définir les objectifs et contenus d’une formation continue des enseignants, formation aujourd’hui en déshérence totale. Celle-ci devra comporter une partie OBLIGATOIRE, au minimum tous les cinq ans, intégrée au temps de service. Des formations facultatives resteraient à l’initiative des enseignants. Elles seraient dispensées pendant les vacances scolaires. Les acquis professionnels de toutes les formations obligatoires, évalués en classe et sur dossier, figureraient clairement parmi les critères de promotion.
 
III - Une déconcentration et une décentralisation rationnalisées et encadrées :
 
La droite a transformé la décentralisation en désengagement. Aujourd’hui, si l’Education n’est plus vraiment Nationale, les résultats sont plus que modestes sur le strict plan budgétaire :
- le nombre de fonctionnaires n’a cessé d’augmenter, mais ils ne sont pas là où ils devraient être.
- les réseaux se multiplient.
- les budgets explosent tant au plan national que régional.
- la modernisation annoncée de la gestion des personnels est restée un leurre.
 
Il faudra commencer par clarifier, une fois pour toute, les attributions respectives des responsables du Département et de l’Académie. La répartition actuelle des compétences entre les Recteurs et les Inspecteurs d’Académie (qui ne sont d’ailleurs pas académiques mais gèrent le système à l’échelon du Département) relève de la querelle de territoire : les responsables départementaux de l’Education, chargés des collèges pour l’essentiel, jouent le rôle de vice-recteurs et agissent souvent sans cohérence avec les Recteurs quand ce n’est pas en contradiction avec eux ! Une répartition définitive s’impose : le Recteur doit être plus indépendant et ne pas se contenter d’un rôle d’arbitre face à des collectivités territoriales chargées, elles, de compétences claires mais aussi d’ambitions sans limites...
 
Cette rationalisation de l’administration territoriale assurerait ainsi à chaque assemblée élue un interlocuteur correspondant à son secteur de compétences, garant de ce qui incombe actuellement à l’Etat: la politique éducative ; l’accompagnement des personnels ; les moyens d’enseignement. Avant une régionalisation plus importante...
 
IV- Vers une réorganisation des enseignements :
 
Il faudra, courageusement, réduire le nombre de disciplines enseignées au Collège et au Lycée.
 
Sans cette réduction, la structure du « socle commun » par compétences perpétuera :
- la dissémination ou la redondance des savoirs dans des disciplines concurrentes,
- la lourdeur de l’horaire hebdomadaire imposé aux élèves,
- l’évaluation accumulative de leurs acquis,
 
La réussite et l’acceptation de cette indispensable réforme passent par la redéfinition des matières, non pas dominantes mais indispensables et des disciplines complémentaires qu’il ne s’agit pas d’exclure mais de réorganiser. Il serait nécessaire, en même temps, de confier à une politique de bourses et de fondations le maintien des enseignements optionnels actuellement sous perfusion et menacés de disparition totale. Quant au domaine particulier des arts à l’école, l’enseignement souvent excellent ne pourra être maintenu et renforcé que s’il est reconnu et légitimé par les professions artistiques correspondantes.
 
Enfin, et il faudra là aussi du courage, l’évaluation doit être simplifiée :
- le rétablissement d’un examen de sixième (sous une forme et une appellation à définir) testant honnêtement les capacités de lecture et d’écriture éviterait bien des tragédies scolaires. L’élève de CM2 n’ayant pas atteint les compétences requises devra pouvoir poursuivre sa scolarité en primaire pour une mise à niveau intensive et intégrer la 6ème au cours de la même année, une fois la mise à niveau achevée.
- un Brevet indispensable à toute orientation dans l’enseignement général, technologique et professionnel s’impose.
- le Baccalauréat enfin devra être remplacé par un « contrôle continu des contenus et des compétences ».Une place très importante devra être accordée à l’oral et à la maîtrise des nouvelles technologies de communication.
 
V- Enseignants, parents, élèves : civiquement et financièrement responsables :
 
L’Ecole, au sens large, est aujourd’hui ouverte aux « usagers individualistes ». Ces usagers ne sont pas invités par l’Etat, libéral au sens économique du terme, à peser les conséquences de leurs comportements pour la collectivité. Le poids des familles, des enseignants et des élus sur l’offre de formation le prouve et le gaspillage ne concerne pas que le pouvoir politique :
- ouvertures opportunistes d’options rares (abandonnées d’ailleurs par les élèves en cours d’années) ou de classes préparatoires pour ménager les politiques et les usagers,
- maintien de structures presque vides,
- redoublements inutiles exigés par les parents (quand d'autres, utiles eux, sont refusés...),
- absences des élèves pour des raisons de confort ou de religion,
- vols, pertes et dégradations de matériels pour des motifs divers,
- fraude aux examens.
 
A tous les niveaux, le « droit à l’éducation » excuse des comportements inadmissibles. La tolérance de l’autorité rend la tâche difficile à tous, et pas seulement dans les banlieues qui brûlent.
 
Avant d’imposer aux professeurs une obligation de résultats, il serait temps de partager avec les familles, dans chaque établissement, les choix décisifs qui engagent des personnes et des moyens et qu’elles en soient comptables ! Il convient également de rappeler aux élèves le sens du travail scolaire et fixer un peu plus haut le seuil de tolérance à la paresse :
- il est urgent de décider qu’il ne suffit pas d’être présent au collège ou au lycée pour bénéficier durablement des aides publiques correspondantes.
- il faut imposer un travail personnel, à partir du collège, aux enfants et former les parents à le suivre quotidiennement. C’est le seul gage d’un lien social authentique qui doit passer avant le recours au soutien scolaire, nécessaire mais ponctuel, et aux perfusions associatives onéreuses. (Ce travail personnel peut être effectué sur le lieu de travail et à la maison, mais de préférence au collège; en primaire, le travail ECRIT à la maison doit continuer d’être prohibé).
- le tutorat des élèves de collège par des étudiants et/ou jeunes diplômés de haut niveau, s’il est coordonné par les professeurs, peut être généralisé et adapté à la diversité des situations. Ce tutorat est déjà bien implanté dans des établissements pionniers et il donne d’excellents résultats.
 
C’est à ce prix que les enseignants, dont je suis, retrouveront le sens de la vocation, tels ceux décrits par Péguy :
« C’est un spectacle admirable que donnent tant de professeurs de l’enseignement secondaire, pauvres, petites gens, petits fonctionnaires, exposés à tout, sacrifiant tout, luttant contre tout, résistant à tout pour défendre leurs classes. Luttant contre tous les pouvoirs, les autorités temporelles, les puissances constituées. Contre les familles, ces électeurs, contre l’opinion; contre le proviseur qui suit les familles, qui suivent l’opinion; contre les parents d’élèves, contre le proviseur, le censeur, l’inspecteur d’Académie, le recteur de l’Académie, l’Inspecteur général (...), toute la hiérarchie. Je connais, je pourrais citer moi tout seul, moi tout petit, cent cinquante professeurs de l’enseignement secondaire qui font tout, qui risquent tout, même et surtout l’ennui, le plus grand risque, la petite fin de carrière, pour sauver ce qui peut être sauvé ».
 
Le contexte a changé. La pensée demeure. Beaucoup d’enseignants, taillés sur ce modèle, sont prêts Madame, à vous suivre et à rompre l’immobilisme permanent.
5 - Petit aperçu sociologique sur le métier d'enseignant
 
A lire: Sociologie de l’Ecole, Marie Duru-Bellat et Agnès Van Zanten, Armand Colin, Paris 2006 (3e édition).
 
Le paragraphe ci-dessous est le résumé d’une partie du chapitre 7, pages 133 et suivantes.
 
(Je n’évoquerai pas ici les enseignants du supérieur ni ceux du secteur privé, non par ostracisme mais par manque d’études sur leur métier).
 
Unité et diversité :
- Instituteurs et professeurs
- Féminisation et moyennisation
 
Instituteurs et professeurs
 
L’usage du mot « enseignant » pour désigner l’ensemble des catégories professionnelles dont la fonction principale est d’instruire les jeunes générations est un phénomène récent, datant des années 1960. Avant cela et depuis la Révolution française, on a assisté à la constitution progressive de deux corps indépendants: les instituteurs et les professeurs, correspondant aux deux ordres d’enseignement : le primaire et le secondaire. L’unité interne de ces deux corps, plus forte dans le primaire que dans le secondaire où elle n’a jamais existé si l’on tient compte des enseignements du technique, dotés d’une histoire particulière, commence à s’effriter dans l’immédiate après-guerre avec le recrutement massif d’enseignants. L’expansion en accordéon, la création de catégories nouvelles, le recours intensif à des non-titulaires ont engendré une grande hétérogénéité dans les statuts et les parcours ainsi qu’une crise identitaire dont les effets sont encore visibles aujourd’hui.
 
Dans le primaire, les effets du baby-boom se font sentir dès 1950. De 1951 à 1964, on recrute entre 150 000 et 160 000 nouveaux instituteurs dont entre 80 000 et 100 000 par la voie de la suppléance ou du remplacement. Les titularisations de nombreux maîtres, sans formation, va creuser les écarts avec ceux sortant des Ecoles Normales. Depuis 1987, les effectifs des personnels enseignant dans le premier degré sont restés stables mais les différenciations internes demeurent en raison des variations dans les divers cursus et les niveaux de recrutement :
- Les anciens normaliens intégrés après la troisième
- Les mêmes mais intégrés ensuite après le baccalauréat
- Les instituteurs intégrés à Bac + 2
- Les instituteurs intégrés après la Licence
- Le nouveau corps des Professeurs d’école depuis 1992 (52,7% des titulaires en 2001) auquel accèdent automatiquement les sortants d’IUFM mais aussi, par promotion interne, des instituteurs en exercice
 
Dans le secondaire général, il convient de distinguer quatre périodes :
- 1940-1955 : grande stabilité dans le recrutement
- 1955-1965 : l’agrégation devenant très sélective, le corps des agrégés se réduit jusqu'à devenir une élite dans l’enseignement secondaire. Dans le même temps, le corps des certifiés (titulaires du CAPES) augmente et, l’administration voulant faire des économies en préservant la valeur des titres, ne recrute qu’un minimum de titulaires et attribue de nombreuses délégations rectorales à des licenciés.
- 1965-1970 : cette période correspond à la réabsorption lente et limitée de l’auxiliariat, à la croissance très forte du nombre des certifiés, à la croissance moins marquée du nombre des agrégés et au développement d’un nouveau corps d’enseignants : les Professeurs d’Enseignement Général des Collèges (PEGC).
- 1970-2007 : cette dernière période est marquée par une croissance modérée du nombre d’agrégés, de certifiés et de professeurs de lycée professionnel ( qui représentent respectivement 12 %, 61 % et 15 % des enseignants du secondaire) et par l’intégration des adjoints d’enseignement et des PEGC qui représentent 7 % des effectifs en 2006.
 
(Concernant les PEGC, ils ont eux-mêmes deux origines: les premiers sont d’anciens instituteurs passés au collège; les seconds, plus rares et qu’on oublie souvent, ont suivi après sélection sur concours d’entrée une formation de deux années en Ecoles Normales avant transformation en IUFM, la première année avec des professeurs d’Université est sanctionnée par un examen écrit et oral devant un jury composé de professeurs d’université, la seconde à mi-temps sur le terrain en responsabilité d’une classe dans deux matières et suivis par un tuteur, les PEGC étant bivalents. La titularisation devenait effective après une inspection dans les deux matières et elle n’était pas acquise, loin de là. Cette formation a été abandonnée. Pourtant, en collège, ces PEGC formés sont ceux qui obtiennent, et de loin, les meilleurs résultats tant aux évaluations Français/Mathématiques qu’au Diplôme National du Brevet. Cette constatation ne fait pas plaisir parfois; elle est pourtant une réalité)
 
Parallèlement, les distinctions anciennes entre instituteurs et professeurs, malgré de fortes résistances, tendent à s’estomper. Les origines sociales des instituteurs et des professeurs ne permettent plus d’opposer les « fils du peuple » aux « demi bourgeois ». La durée et le contenu des formations suivies se rapprochent de plus en plus. Les relations entre les professeurs de collège et les professeurs d’école semblent se renforcer dans le cadre des politiques éducatives locales, même si les échanges individuels restent rares.
 
Féminisation et moyennisation
 
Les professions enseignantes, parmi les premières à s’ouvrir aux femmes, sont aujourd’hui parmi les plus féminisées. Il existe néanmoins des nuances car la proportion de femmes varie en sens inverse du prestige et de la rémunération des emplois: elles représentent :
- un peu plus d’un quart des enseignants du supérieur
- trois quarts des instituteurs de primaire et de maternelle
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