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  • : Soutien à Ségolène Royal
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  • : D'avril 2006 à mai 2007, nous avons parcouru un long chemin au côté de Ségolène Royal, pour qu'elle devienne la candidate du parti socialiste aux élections présidentielles, puis la présidente. Nous avons échoué de peu mais nous continuerons inlassablement de défendre son projet.
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Continuer le combat

Le 6 mai 2007, les français ont choisi d'élire Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République.

Après des mois de combat pour expliquer la politique proposée par Ségolène Royal, nous n'acceptons pas de baisser les bras. 

Sur ce blog, vous continuerez de lire des informations vous permettant de comprendre qu'une politique à la fois humaine et pragmatique, est possible, au profit du plus grand nombre et non pour une élite du pouvoir médiatico-financier. 

Avec Ségolène,nous continuons de défendre une autre politique.

Si vous souhaitez enrichir le débat, n'hésitez pas à me contacter : dominique.millecamps@wanadoo.fr ou laisser vos contributions à la suite des articles.

Toute ressemblance... (bla, bla, bla)... serait purement fortuite.

A découvrir d'urgence, avant qu'il ne soit trop tard !

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 Chère camarade, cher camarade,

Je t'envoie ce mail après avoir trouvé tes coordonnées sur le comité local de soutien à Ségolène Royal que tu animes.

Je suis moi-même militant socialiste. J'ai écrit, avec un ami qui a décidé de rester anonyme (devoir de réserve oblige), un roman policier d'anticipation intitulé "Deux ans après".

L'enquête se déroule en France, en novembre 2009, après qu'un Président ultralibéral et très sécuritaire ait été élu deux ans auparavant. Evidemment, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite (sic). Tu y croiseras, si tu prends le temps de nous lire, Hortense Brisefeux, directrice aigrie d'une prison privatisée, ou encore le commissaire Estrodjian, vainqueur de la première saison d'un nouveau jeu de TV réalité, la "BAC Académie".

Plusieurs maisons d'éditions ont été intéressées par notre projet. Mais elles voulaient le publier après l'élection présidentielle. Nous avons décliné leur offre et avons décidé de le mettre gratuitement en ligne. C'est un acte de "militantisme littéraire" et tant pis pour les droits d'auteur ! Voici le blog que nous avons créé et où tu pourras télécharger gratuitement notre roman : http://www.deuxansapres.com.

Cette dernière ligne droite avant le vote du 6 mai nous parait propice à une diffusion la plus large possible de notre modeste prose, en espérant que la fiction ne sera pas réalité le 7 mai au matin. C'est pourquoi nous te serions reconnaissants de faire connaître autour de toi notre initiative militante.

[...] 

Benjamin Griveaux

Un système "d’information" intriguant

Dans les médias traditionnels, Nicolas Sarkozy a rarement été présenté concrètement comme le chef et l’ami de certains élus auteurs d’atteintes à la démocratie au sein de leur fief local, notamment en matière de communication avec leurs administrés. Des pratiques qui ressemblent de très près à celles utilisées par le candidat UMP.

A l’heure où les médias français sont de plus en plus concentrés au sein de grands groupes industriels, Nicolas Sarkozy a placé la communication au cœur de sa stratégie politique. Il a non seulement su établir un réseau impressionnant de relations d’amitié avec les propriétaires des grands groupes de médias (Martin Bouygues, propriétaire de TF1 ; Arnaud Lagardère, propriétaire du groupe de presse Filipacchi, qui détient notamment Elle, Le JDD, et Paris Match, ainsi que la radio Europe 1 ; Serge Dassault, propriétaire du Figaro) et de nombreux directeurs de rédaction (Nicolas Beytout, directeur de la rédaction du « Figaro », Jean-Marie Colombani directeur du « Monde », Jean-Claude Dassier, directeur de LCI, etc.) mais il a aussi développé un véritable système de communication afin de véhiculer sa politique comme il l’entend. On connait donc l’influence qu’a le candidat UMP sur les médias, et on l’accuse même de verrouiller des informations compromettantes, de pratiquer la censure, d’exercer des pressions sur les journalistes, de truquer les statistiques et d’avoir trop souvent pour lui des médias complaisants. De nombreux témoignages de journalistes ou de personnalités proches de ceux qui l’ont interrogé, comme celui de l’acteur Philippe Torreton (cf. émission « en aparté », sur Canal + le 15 février 2007), proche de la présentatrice du journal de TF1 Claire Chazal vont dans ce sens.

Ce que l’on sait moins, c’est que les pratiques dont on accuse Nicolas Sarkozy sont aussi monnaie courante dans certains fiefs détenus par des élus UMP, amis proches du candidat, notamment dans certaines communes des Hauts-de-Seine, département dont Nicolas Sarkozy est aussi le président. Ainsi, à Levallois-Perret, à Asnières-sur-Seine, à Puteaux, et dans d’autres villes encore, les élus locaux ont eux aussi placé la communication au cœur de leur stratégie politique, mais, du fait que leur action n’est pas sous la couverture des médias nationaux, ils sont allés très loin dans les excès, comme en témoignent les nombreux sites et blogs contestataires qui ont été lancés (MonPuteaux.com, Asnierois.org ou encore Levallois.tv et bien d’autres encore), en général par de simples citoyens, voire des élus d’opposition, afin de dénoncer les dérives d’un même système aux multiples facettes.

De quelles dérives s’agit-il ? On peut constater tout d’abord le détournement des moyens publics à des fins de politiques ou personnelles. A Puteaux par exemple, on peut compter dans le journal municipal en moyenne une vingtaine de photos de la maire Joelle Ceccaldi-Reynaud , suppléante de Nicolas Sarkozy à l’Assemblée Nationale (cf. MonPuteaux.com, décembre 2006, « Le mensonge écologique de « Puteaux Infos » »). A Asnières-sur-Seine, le maire Manuel Aeschlimann, conseiller pour l’opinion publique de Nicolas Sarkozy, ne cache pas ses pulsions exhibitionnistes : « je me déplace sur le terrain, il faut que ça se voit » (cf. L’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »). Par ailleurs, il s’attribue à lui et à son équipe les rénovations des lycées et collèges, ou le prolongement du métro, ou encore la rénovation du château de la ville, alors que ces activités ont été entièrement ou très fortement subventionnées par le département ou la région.

Des moyens financiers phénoménaux

Il faut dire que ces élus sont souvent à la tête d’un véritable groupe de presse local. On dénombre six revues en plus du mensuel Asnières-Infos à Asnières-sur-Seine. Le maire ne cache pas d’ailleurs qu’il consacre environ 500 000 Euros par an à la communication, soit « à peine 0.48% du budget total de la ville » selon lui (cf. L’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »), ce qui est pourtant déjà considérable. A Puteaux, commune de 40 000 habitants, le service communication de la mairie emploie 25 personnes, (journalistes, maquettistes, graphistes, photographes, webmestres, afficheurs, imprimeur municipal et prestataires), le cout des communications, dépassant plus d’un million d’Euros par an, rien que pour l’impression et la distribution… le tout aux frais du contribuable local !

Mais outre la propagande, ces moyens de com exorbitants sont aussi consacrés à des fins plus douteuses, en particulier pour régler des comptes avec certains opposants. A Puteaux encore, en septembre 2006, Joëlle Ceccaldi-Raynaud et Charles Ceccaldi-Raynaud, la maire de la ville et son père ancien maire déchu par sa fille en 2004, ont été condamnés par le tribunal de Nanterre pour diffamation à l’encontre de Christophe Grébert, l’auteur du site contestataire local monputeaux.com. Ils avaient en effet tenté de museler le jeune opposant en orchestrant une odieuse campagne diffamatoire contre lui, l’accusant publiquement de pédophilie, en reproduisant sur le blog de la ville une lettre accusatrice qu’ils avaient envoyée au préfet. Ils ont été condamné en première instance pour diffamation et à payer une somme totale de 8 000 Euros, le tout (les frais de justices d’un montant de 27 000 Euros à rajouter !) aux frais du contribuable putéolien (cf. le récit intégral de Christophe Grébert sur son blog).

Le truquage des chiffres

Une autre pratique est le truquage des chiffres, des statistiques. Nicolas Sarkozy est un adepte de cette pratique, ce que l’on a pu constater lorsqu’il exerçait ses fonctions au ministère de l’Intérieur, au moment de la communication des statistiques sur la délinquance de l’année 2006. Il mettait en avant une baisse générale de la délinquance de 1,3 % et un taux d’élucidation en progression, à 34,3 %. Or, derrière la baisse générale, se cache une augmentation de plus de 16 % des atteintes à l’intégrité physique, ce que le ministre se gardait bien de communiquer.

Par ailleurs, alors que les chiffres du ministère annonçaient moins de 4 millions de faits recensés pour l’année 2006, une étude menée conjointement par l’INSEE et par l’Observatoire National de la Délinquance, rendue publique le 19 décembre 2006 (cf. dossier de l’enquête), révèle que près de 13 millions de faits ont été recensés. Quelle explication ? Le quotidien Marianne du 2 décembre (cf. « Délinquance Leçon de maquillage ») rapporte le témoignage de certains commissaires de police, à qui l’on aurait exigé que « les chiffres de la délinquance soient a la baisse d’ici a la fin de l’année 2006 » et qu’il fallait « réduire l’augmentation de la délinquance révélée », « à commencer par les petites infractions a la législation sur les stupéfiants (moins de 5 g), apparemment indignes de figurer dans les statistiques. » ou encore en diminuant les plaintes pour escroqueries à la carte bancaire en justifiant que « le possesseur de carte bancaire n’est pas une victime, puisqu’il est remboursé par la banque ! »

On peut constater le même genre de montage à l’échelle locale, notamment en ce qui concerne la communication des chiffres sur la gestion financière des communes. A Levallois-Perret, commune « dirigée » par Patrick Balkany, ami très proche de Nicolas Sarkozy, alors que la dette de la ville a dépassé 250 millions d’euros ( !) en 2007, la municipalité vante les nombreux investissements de la ville sans pour autant communiquer les nouveaux emprunts réalisés, ou le montant de la dette cumulée. A Asnières-sur-Seine, la dette va atteindre 175 millions d’Euros, ce qui est énorme pour une ville d’un peu plus de 80 000 habitants. Pourtant, le maire et son équipe vantent la gestion exemplaire de la ville, et met en avant l’annuité de la dette (indicateur financier) qui est en baisse, sans pour autant communiquer sur le montant de la dette ou son augmentation vertigineuse.

Un point commun entre les communes du système est l’impression de transparence sur les investissements (ils sont souvent très détaillés dans les communiqués municipaux), mais l’opacité est totale en ce qui concerne le budget de fonctionnement. Aucun détail sur le cout des réceptions, des festivités, des frais de bouche des élus, des frais de justice, des frais de com, des salaires des directeurs de cabinet, des indemnités des élus. Pourquoi ? Car ces frais explosent et ne cessent d’augmenter d’année en année, prenant une part de plus en plus importante dans le budget de fonctionnement… souvent au détriment des besoins les plus basiques, comme le fait d’avoir une ville propre, des infrastructures (crèches, écoles, loisirs, etc.) en bon état, en nombre suffisant et en adéquation avec la population qui ne cesse d’augmenter, du fait des nombreux investissements et aménagements effectués par les promoteurs immobiliers, en complicité avec la mairie.

L’opacité dans la transmission des informations et dans les décisions prises

Si les contribuables sont à plaindre, les élus de l’opposition ne sont pas en reste. En effet, à Levallois-Perret, à Asnières-sur-Seine, à Puteaux, à Corbeil-Essonne, ils souffrent tous d’un manque de transparence dans les prises de décision importantes. Les élus de l’opposition se plaignent que les informations transmises par la majorité sont tronquées, et qu’ils n’ont pu voter de nombreuses délibérations pour cause d’irrégularités. A Levallois-¨Perret par exemple, lors du conseil municipal de février 2007, le budget primitif ainsi qu’un bilan de concertation d’un gros dossier de ZAC n’ont pu être votés, car « Les élus reprochent au maire UMP, Patrick Balkany, de n’avoir donné les documents qu’en début de séance. Ce qui ne leur a pas permis de voter en connaissance de cause. Idem pour le bilan de concertation de la ZAC Eiffel , un gros dossier d’aménagement qui prévoit notamment un grand centre commercial, qui n’a pas été communiqué à temps. » (cf. Le Parisien du 7 février 2007, « Huit élus d’opposition saisissent le préfet »). Les élus, qui ont quitté le conseil municipal en pleine séance, ont déposé un recours au préfet, visant sept décisions qui n’ont pu être débattues.

Mais on pourrait relever de nombreuses entraves à la loi, comme l’absence de concertation dans les projets d’urbanisme, la restriction de l’accès du public au conseil municipal, ou encore l’impossibilité de contrôle par l’opposition des décisions prises en dehors du conseil municipal.

La "contre-com" : censures, intimidations, etc.

Enfin, le système a mis en place de nombreuses stratégies de « contre-com » afin d’empêcher que des informations compromettantes soient diffusées. La pratique la moins subtile est vraisemblablement la censure. Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas empêché in extremis la distribution des 25 000 exemplaires déjà imprimés de la biographie de Cécilia Sarkozy « Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison », en convoquant l’éditeur Vincent Barbare au ministère de l’Intérieur ? (cf. « Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs » de Frédéric Charpier) Nicolas Sarkozy ne s’est-il pas permis d’appeler les médias pour leur suggérer de ne pas inviter telle personne (cf. Le Vrai Journal de Karl Zéro d’avril 2006 dans lequel Nicolas Dupont-Aignan aurait du être invité mais aurait été annulé par l’animateur lui-même, suite à un conseil donné par un proche de Sarkozy) ? Pourquoi le dernier album de Joey Starr a-t-il été censuré, alors qu’il contenait un titre « Sarkozy tiens ta femme et tu tiendras la France » ? (Sarkostique du 2 novembre 2006, « Joey Starr censuré parce qu’il égratigne Sarkozy »).

Les villes aussi savent censurer : à Asnières, à Puteaux, tout comme à Suresnes, ou au Plessis-Robinson ou encore à Châteaudun, tous des fiefs UMP, les tribunes de l’opposition sont supprimées dans le journal municipal depuis début 2007. Raison invoquée par les maires : tenir compte de la règlementation (ils font référence à des lois obsolètes) qui indiquerait qu’en période de campagne électorale, les publications des tribunes des groupes du Conseil municipal doivent être suspendues. Or au Plessis-Robinson comme à Châteaudun, les maires ont été obligés par le tribunal administratif de publier les tribunes de l’opposition (Le Parisien du 16 mars 2007, « Le parquet rétablit les tribunes de l’opposition municipale » et asnierois.org du 16 mars 2007, « Le maire n’a pas le pouvoir de supprimer ou censurer la tribune de l’opposition »).

L’intimidation des opposants, qu’ils soient opposants politiques, associatifs ou citoyens, ou même des journalistes est aussi pratiquée par Nicolas Sarkozy et ses élus locaux. Un exemple : par deux fois, le candidat UMP aurait pointé publiquement un index vengeur sur un journaliste du Nouvel Obs, Hervé Algalarrondo en lui disant : « Je ne l’oublierai pas ! Je ne l’oublierai pas ! » Quoi donc ? Le numéro titré « Sarko secret », qui lui avait déplu. (cf. Le Nouvel Obs du 25 janvier 2007, « Comment Sarko met la presse sous pression »).

Cette intimidation se décline à l’échelle locale par des attaques en justice pour diffamation contre la moindre critique sur un tract, un blog ou un site contestataire. Les mairies de Puteaux et d’Asnières-sur-Seine en font leur spécialité. Pourtant à quelques exceptions près, toutes les décisions de justice débouchent sur un non-lieu. Il s’agit en réalité d’une technique appelée le « slapping » aux Etats-Unis, technique utilisée à la base par des grandes entreprises, et qui consiste à mener des poursuites judiciaires contre tout détracteur (en général un petit organisme, une association ou un simple citoyen) afin de l’affaiblir financièrement car il n’aura pas les moyens de se défendre jusqu’au bout (Le Monde citoyen, le 11 septembre 2006, « Le « slapping » ou comment bâillonner le citoyen »). Ainsi, même si la mairie perd ses procès (ce qui est quasiment systématique), l’opposant sera tellement affaiblit qu’il disparaitra naturellement. De nombreux états américains ont déjà interdit cette pratique.

Finalement, la politique pratiquée par le candidat à l’échelle nationale, basée sur la communication à outrance, est du même ressort que celle pratiquée par ses proches à l’échelle locale, là même où l’on expérimente les idées du candidat UMP, en lançant des structures pilotes chargées de tester sa politique. A la différence près que les dérives constatées localement sont bien plus concrètes et plus préjudiciables et attentatoires à notre démocratie. Cela permet néanmoins de donner un indicateur sur ce à quoi va ressembler « la France d’après » promise par Nicolas Sarkozy, mais qui existe déjà à Puteaux, à Levallois, à Asnières... De nombreux blogs en témoignent. La France risque de ressembler à cela...

Guillaume David

www.betapolitique.fr

... Ensuite, il traîna derrière lui tellement de casseroles (dernière affaire : il est mis en examen dans une affaire de marché truqué de chauffage urbain) qu’il devint une sorte de mythe. Sarkozy, ce qui plaide peut-être en faveur de son sens de la fidélité, ne l’a jamais lâché, même quand, ministre des Finances, il aurait pu ou dû. Quand la fille Ceccaldi-Raynaud , députée-maire à son tour, mécontente des critiques d’un journaliste blogueur, laisse publier sur le site de la mairie une lettre laissant supposer une inclinaison infamante, Sarkozy ne moufte toujours pas. Il resta pareillement fidèle à son grand ami le député-maire de Levallois Patrick Balkany.

Quand ce dernier, archétype lui aussi du roi de la magouille affairisto-municipale, employeur à son seul profit du personnel de la mairie, accablé par la justice et accusé, en prime, de se livrer à des fellations sur menace de revolver, écarté du RPR, est défié par un gaulliste clean, Olivier de Chazeaux, qui soutint Sarkozy ? Patrick Balkany. C’est-à-dire le délinquant. Notons que les Levalloisiens, par suite d’une gestion que soutient Sarkozy, supportent une dette de 4 000 à 6 000 € par habitant. C’est, d’ailleurs, le cabinet d’avocats Sarkozy qui défend, en autres, la mairie de Levallois, laquelle accumule les contentieux.

QUI SONT SES SOUTIENS ?

Faut-il rappeler que ses principaux et premiers supporteurs dans le monde politique ne furent et ne sont pas spécialement vêtus de probité candide Alain Carignon, Gérard Longuet, Thierry Mariani, Manuel Aeschlimann (150 procédures, 600 000 € de frais d’avocats par an) et même Christian Estrosi n’ont pas précisément défrayé la chronique à cause de la blancheur immaculée de leur curriculum vitae. Il paraît même que Pierre Bédier en pince désormais pour lui.

Quant à son fan-club, qui prétendra qu’il n’est constitué que de parangons de vertu : Doc Gyneco, chargé comme un sherpa, Johnny Hallyday qui répudie la France pour ne plus payer d’impôts, comme Jean-Michel Goudard, l’un de ses principaux conseillers en communication, Antoine Zacharias, le Napoléon des stock-options ?

Certes, à l’image de Simone Veil ou de l’écrivain Yasmina Reza, de très nombreuses personnalités de grande qualité, représentant tous les milieux et toutes les professions, soutiennent également Sarkozy, y compris certaines en provenance d’une haute intelligentsia réputée de gauche, mais droitisée par leur soutien à la guerre d’Irak. Reste que le profil de ses partisans les plus enthousiastes et les plus engagés, y compris les plus faisandés des ex-petits marquis mitterrandolâtres, ne font pas nécessairement de Sarkozy (dont il n’est pas question de mettre en doute l’intégrité ou l’allergie à la déviance) le mieux placé pour dépeindre l’ensemble de ses adversaires en défenseurs de la fraude, de la délinquance et de la décadence morale.

« L’IDENTITÉ NATIONALE », PARLONS-EN...

Est-il, en revanche, fondé à se proclamer seul défenseur de « l’identité nationale » ? Mais qui se déclarait « fier d’être surnommé Sarkozy l’Américain » ?

Qui affirma, aux Etats-Unis, qu’il s sentait souvent « un étranger dans son propre pays » ?

Qui regretta que la France ait bran son droit de veto pour s’opposer à la guerre d’Irak ?

Qui stigmatisa, depuis l’Amérique « l’arrogance » dont aurait fait preuve Dominique de Villepin lors de son fameux discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU ?

Qui, avant de confier au chiracoséguiniste Henri Guaino le soin de rédiger ses interventions, opposa sans cesse le ringardisme du « modèle français » à la modernité du modèle anglo-saxon ?

Nicolas Sarkozy pourrait d’ailleurs largement figurer dans la rubrique « Ils ont osé le dire », tant ses propos, depuis quinze ans, illustrent éloquemment tout ce qui précède, c’est-à-dire une dichotomie rhétorique qui se cristallise dans l’unicité de son exaltation du moi !

Citons, presque au hasard : « Il y en a combien qui peuvent se permettre d’aller à La Courneuve ? Je suis le seul toujours le seul ! à être toléré dans ces quartiers. Je suis le seul ! » « J’irai systématiquement, toutes les semaines, dans les quartiers les plus difficiles et j y resterai le temps nécessaire » (2005).

« Kärcher en septembre, 200 000 adhérents à l’UMP en novembre. » « Racaille, le vocable était sans doute un peu faible. »

« Vous savez pourquoi je suis tellement populaire ? Parce que je parle comme les gens » (avril 2004).

« Maintenant, dans les réunions publiques, c’est moi qui fais les questions et les réponses et, à la sortie, les gens ont l’impression qu’on s’est vraiment parlé » (le Figaro, mai 2005).

« Les gens qui habitent Neuilly sont ceux qui se sont battus pour prendre plus de responsabilités, pour travailler plus que les autres. »

« Si je ne faisais pas attention, tous les jours je serais à la télévision jusqu’à ce que les téléspectateurs en aient la nausée » (1995).

« Le rôle du politique est de tout faire pour ne pas exacerber les tensions. Plus la société est fragile, moins le discours doit être brutal. La meilleure façon de faire avancer la société, c’est de la rassurer, non de l’inquiéter La réforme doit être comprise comme un ciment, non comme une rupture » (juillet 2006 dans Témoignages).

« Je n’aime pas étaler ce qui, finalement, appartient à ma vie privée. »

« La France souffre de l’égalitarisme et d’un état de nivellement. »

« Dans un monde où la déloyauté est la règle, vous me permettrez d’afficher, de manière peut-être provocante, ma loyauté envers Jacques Chirac » (juin 1992).

« Je refuse tout ce qui est artifice pour façonner à tout prix une image, les photos avec femme et enfants, la success-story, vouloir se faire aimer, poser en tenue décontractée. »

On nous dira, ensuite : il faut lui faire confiance, il faut le croire. Mais où est le filet de sécurité ?

LE VRAI DANGER

On évoque obsessionnellement le danger Le Pen. Il existe un risque, en effet. Un terrible risque que, comme en 2002, le leader de l’extrême droite déjoue tout les pronostics et porte ainsi un nouveau coup à notre système démocratique. Mais tout le monde sait que Le Pen, lui, ne sera pas élu président de la République. Heureusement , il ne dispose, lui, contrairement à son adversaire - concurrent de droite (à l’égard duquel il fait preuve d’une certaine indulgence), ni du pouvoir médiatique, ni du pouvoir économique, ni du pouvoir financier. Pouvoirs qui, en revanche, si Sarkozy était élu - et il peut l’être -, ainsi que le pouvoir policier et militaire, seraient concentrés, en même temps que les pouvoirs exécutif et législatif, entre les mêmes mains, lesquelles disposeront, en outre, d’une majorité au Conseil constitutionnel, au CSA et au sein de la plupart des institutions du pays.

Hier, le journal la Tribune trappait un sondage parce qu’il n’était pas favorable à Sarkozy ; une publicité pour Télérama était interdite dans le métro parce qu’elle était ironique à l’égard de Sarkozy ; un livre était envoyé au rebut, le patron d’un grand magazine également, parce qu’ils avaient importuné Sarkozy ; Yannick Noah était censuré, parce que ses propos déplaisaient à Sarkozy. Aucun journal, fût-il officiellement de gauche, n’a échappé aux efficaces pressions de Sarkozy.

Voter Sarkozy n’est pas un crime. C’est même un droit. Nous ne dirons pas, nous, que ce candidat représente la fraude, la délinquance, l’anti-France et la faillite morale.

Nous voudrions simplement qu’on se souvienne plus tard - quitte, ensuite, à nous en demander compte - que nous avons écrit qu’il représente pour la conception que nous nous faisons de la démocratie et de la République un formidable danger.

S’il est élu, nous savons que nous pourrions en payer le prix. Nous l’acceptons !

14 au 20 avril 2007 / Marianne

Ce que les grands médias n’osent pas ou ne veulent pas dévoiler

de Jean-Francois Kahn, avec Serge Maury, Philippe Cohen, Laurence Dequay et le service France de "Marianne"

Glaçant ! Il a dit glaçant. Mais s’il ne l’avait pas dit ?

Car enfin, sept jours avant que François Bayrou ne laisse tomber ce glacial jugement, le généticien Axel Kahn avait déjà, dans Marianne, agité le grelot. Ainsi Nicolas Sarkozy, qui, déjà (ceci explique cela), voulait faire repérer chez les marmots de 2 ans les bourgeons de la délinquance, avait pu, dans Philosophie Magazine, déclarer que, selon lui, la pédophilie et le suicide des adolescents étaient d’origine génétique, qu’on était en quelque sorte biologiquement programmé pour la déviance ou l’autodestruction, que l’action éducative ou sociale n’y pouvait rien, le rachat ou la miséricorde divine non plus - retour terrifiant du concept eugéniste du gène du crime - sans que, pendant dix jours, aucun journal quotidien ou hebdomadaire, aucune radio ou télévision réagisse.

Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, avant la riposte bayrouiste, notre confrère le Monde, que des dérapages de Le Pen qui allaient beaucoup moins loin faisaient immédiatement monter au créneau, n’avait même pas consacré 10 lignes réprobatrices à cette stupéfiante rémanence de l’idéologie sociobiologique de l’extrême droite païenne. Comme s’il était beaucoup plus dangereux de tacler le patron de l’UMP que de stigmatiser le leader du Front national.

Comme si Sarkozy faisait peur.

Or cette sortie intervenait après l’annonce de la création, en cas de victoire de la droite, d’un « ministère de l’intégration et de l’identité nationale », annonce qui avait littéralement sidéré, et pour cause, la presse allemande, et dont même l’extrême droite autrichienne de Jôrg Haider avait tenu à dénoncer les « nauséeux relents ». Et, surtout, après la série de furieuses philippiques, telles qu’on n’en avait plus entendu depuis quarante ans, inimaginables dans quelque pays européen civilisé que ce soit, relents de propagande stalinienne des années 50 et de rhétorique fascisante d’avant-guerre, qui revenaient à décrire les concurrents du leader UMP, qu’ils fussent centristes ou sociaux-démocrates, comme les candidats protégeant les délinquants, le vol et la fraude, donc du crime, les suppôts des voyous, les représentants du parti des malhonnêtes gens et de la dégénérescence morale, l’anti-France enfin, c’est-à-dire l’incarnation de la haute trahison. Or, cela n’avait nullement empêché que Jean-Louis Borloo, même malheureux comme les pierres, s’aplatisse ; que Simone Veil, fût-ce de la plus mauvaise grâce possible, assure la claque et, dans un premier temps au moins, que les médias, presque tous les grands médias, s’écrasent. Tant le personnage fait peur.

SES MOTS POUR LE DIRE

Pourquoi ? Parce que ses entreprises de séduction envoûtent. Parce qu’il dispose, partout, et surtout dans les médias, d’amis dans la place et très haut placés ? Ou parce qu’on redoute la brutalité de ses réactions ?

La preuve par l’affaire Azouz Begag. La scène se passe en 2006 : le ministre délégué à l’Egalité des chances, interpellé à propos de quelques fortes saillies du ministre de l’Intérieur, s’excuse : « Je ne m’appelle pas Azouz Sarkozy. » En guise d’agression, on a connu plus destructeur ! Aussitôt, explosion de fureur de Sarkozy qui menace « de casser la gueule de l’insolent » et lui hurle, par saccades rageusement répétitives, qu’il est « un connard, un salaud, qu’il ne veut plus jamais le voir sur son chemin ». On imagine, un instant, Malek Boutih racontant, dans un livre, que Ségolène Royal lui a aboyé à la figure que François Hollande allait « lui casser la gueule » parce qu’il aurait osé murmurer : « Je ne m’appelle pas Malek Royal. » Aussitôt, invitation sur tous les médias à raconter l’histoire, comme l’ex-socialiste Eric Besson. Là, service minimum. C’est Sarkozy qui a obtenu, comme toujours, le temps de parole. Pour expliquer que ce d était là qu’infâme menterie. D’ailleurs, a-t-il expliqué sur iTélé, il « croit n’avoir jamais rencontré Azouz Begag ». Surréaliste ! Depuis deux ans, ils font partie du même gouvernement. On imagine ce que signifierait le fait qu’effectivement, bien que siégeant sur les mêmes bancs et participant aux mêmes conseils, Sarkozy ait refusé de voir Begag !

Pour une fois, cependant, le démenti sarkozyen fait flop. Tout le monde sait, en effet, que les mots que rapporte Azouz Begag sont les siens et pas les pires ; que ces derniers jours, par exemple, il n’a cessé de traiter de « connards » ses propres conseillers et animateurs de campagne, accusés d’être responsables de la moindre difficulté de campagne. Un article qui le défrise dans Libération ? Il téléphone au propriétaire, qui est un ami : « Vous êtes un journal de merde ! Avec des journalistes de merde ! » Il refuse, contrairement à Royal et à Bayrou, pourtant très maltraité par Libé, de se rendre dans ce journal pour un entretien avec la rédaction : « Libé n’a qu’à se déplacer ! ». Il considère qu’il n’a pas été reçu à France 3 national avec les honneurs qui lui sont dus. A l’adresse de la direction il hurle : « Si je suis élu, je vous ferai tous virer ! »

INSULTES...

C’est d’ « enculés » que se font traiter les confrères d’une radio qui lui ont apparemment tapé sur les nerfs... qu’il a sensibles. Il soupçonne un journaliste d’être favorable à François Bayrou. « Ils couchent ensemble », commente-t-il. Evoquant certains de ses adversaires, il prévient, carnassier : « je vais tous les piquer. Les niquer ! » Plus macho, tu ouvres un harem. Parlant de Michèle Alliot-Marie, qu’il soupçonnait, à tort, d’avoir joué un rôle trouble dans l’affaire Clearstream, ne l’appelle-t-il pas « la salope » ? L’économiste et expert financier Patrick Artus critique certaines propositions du candidat UMP Il reçoit aussitôt un mail de son chef de cabinet « On s’en souviendra ! » Même expérience rapportée par un industriel qui eut le malheur de déplaire « On se retrouvera. On est pour moi ou contre moi ! » « Je n’ai jamais été confronté, raconte ce patron, à un entourage aussi agressif, aussi belliqueux. » Pourquoi le préfet Dubois, responsable des relations presse de la Préfecture de police, est-il débarqué du jour au lendemain : parce qu’il aurait ricané des ennuis conjugaux du ministre !

Une enquête télé avait été réalisée dans les Hauts-de-Seine. Elle montrait l’incroyable pesanteur des pressions (avec carotte et bâton, promesses et chantage) qui se sont exercées sur les élus UDF de ce « Sarkoland » pour qu’ils lâchent Bayrou. V. enquête en question a été « trappée », comme on dit, sur ordre de la direction. Elle aurait déplu ! Sur une radio, interdiction a été faite à un confrère de rappeler, statistiques à l’appui, que le bilan du ministre en matière de sécurité n’est pas bon. Ça eût dérangé !

IL N’A PLUS BESOIN D’INTERVENIR

Or, comme on ne prête qu’aux riches, on soupçonne systématiquement Sarkozy d’être intervenu. Mais, le plus souvent, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la peine. Il n’a même pas besoin. Quand Paris Match avait publié un reportage sur les amours new-yorkaises de Cécilia et de son chevalier servant, il avait, effectivement, proclamé à la cantonade qu’il aurait la peau du directeur de la rédaction, Alain Genestar. Mais il en resta là. Mieux il obligea Arnaud Lagardère à attendre plusieurs mois avant de le virer. Au Journal du dimanche, mieux encore : parce qu’il avait appris qu’on s’apprêtait à virer le directeur de la rédaction du journal, soi-disant pour lui complaire, il n’intervint cette fois, après avoir reçu et sans doute retourné le confrère, que pour exiger qu’il reste en place. Il a même tenu à donner son avis sur la journaliste politique que devrait embaucher une radio et sur le directeur que ne devrait pas engager Libération ! Ne prend-il pas un malin plaisir à lancer aux journalistes qui lui font cortège : « je connais très bien votre patron. Je sais ce qui se passe dans votre rédaction. »

On s’interroge donc : outre ses très fortes accointances avec les grands patrons des groupes de médias, est-ce la crainte qu’il suscite, la peur des représailles s’il est élu, qui expliquent cette relative impunité dont bénéficie Sarkozy quand il tient des propos ou prend des initiatives qui, venant de Le Pen ou de Ségolène Royal, provoqueraient une irruption réprobatrice dans le landernau ?

Pourquoi toutes ces angoisses affichées en privé, peut-être excessives, mais qui ne s’expriment jamais en public : cette star de la télévision évoque, en cas de victoire du candidat UMP, « un risque de contrôle quasi totalitaire des médias » ; cette consœur de LCI se dit « terrorisée à l’idée d’une présidence sarkozyste » ; cette journaliste du Figaro, qui connaît bien le candidat, et livre une description effectivement assez dantesque de son caractère. Mais pas question de se dévoiler. Il fait peur. « Ma rupture avec lui, confie Jean-François Probst, ex-secrétaire général adjoint du RPR des Hauts-de-Seine et collaborateur de Charles Pasqua, c’est le gaullisme. Je voulais, j’espérais qu’il serait l’homme de rassemblement. Or, il ne cesse de semer la division. Et j’ai passé l’âge de me laisser impressionner par un Hortefeux hystérique. » Mais les autres ?

LES CONFRÈRES ETRANGERS OSENT, EUX !

Les confrères étrangers, eux, n’ont évidemment pas ces pudeurs. Le correspondant à Paris d’une radio suédoise interroge tout de go : « Sarkozy ne représente-t-il pas un risque de dictature ? » Un journaliste de la télévision croate qui a suivi le candidat dans ses pérégrinations en dresse un portrait, d’ailleurs exagéré, à faire dresser les cheveux sur la tête. Le Süddeutsche Zeitung Munich dépeint « un macho sans scrupule et brutal qui joue avec la peur des gens ». Le Frankfurter Allgemeine Zeitunglui décerne le prix de « l’homme politique le plus ambitieux et plus impitoyable d’Europe qui n’a pas de vraie conviction, mais s’aligne sur l’humeur du peuple ». Le quotidien espagnol El Pais voit en lui un héritier populiste des « régénérationnistes de la droite espagnole de la fin du XIXe siècle ». Le Tageszeitung de Berlin (de gauche, il est vrai) décrit un George Bush tricolore qui veut imposer en France l’idéologie de la droite néoconservatrice américaine. La presse italienne insiste sur sa proximité avec la droite postfasciste de la péninsule (qui s’est, avec Gianfranco Fini, ouverte à la modernité). Si la presse conservatrice britannique identifie volontiers, avec admiration, Sarkozy à Mme Thatcher, la plupart des journaux européens, en particulier scandinaves, l’assimilent plutôt à un aventurier néobonapartiste qui représenterait une grave menace pour la démocratie.

LA PEUR DE LA TRAPPE

En France, en revanche, tout se passe comme si ce type d’analyse était indicible. On n’ose pas. On a peur. De quoi ? Des représailles si Petit César l’emporte ? De la trappe qui s’ouvrira aussitôt ?

Celle qui s’est ouverte, par exemple, sous les pieds de la députée UMP Nadine Morano. Elue de Lorraine, fervente sarkozyste, talentueuse femme de tempérament, n ayant pas froid aux yeux, elle faisait partie de la task force du candidat. Et, soudain, à la trappe ! Officiellement, parce qu’un reportage diffusé sur France 3 lui a attribué un rôle un peu ridicule. Mais il se trouve qu’étant l’une des rares à oser s’adresser avec franchise à son héros elle lui avait fait remarquer que, entouré d’une nuée de courtisans qui passaient leur temps à chanter ses louanges et sa gloire, il était devenu allergique à la moindre remarque critique. Elle s’était en outre inquiétée de sa tendance à s’immerger compulsivement dans les sondages qui lui renvoyaient constamment sa propre image. Résultat : out ! « Cramée », disent les « bonnes camarades » de la pécheresse. Il fait peur.

Eh bien, il est temps de soulever cette chape de plomb. De braver cette conspiration du silence.

CATHERINE NAY ENTRE LES LIGNES

Il y a quelques mois, Guillaume Durand consacrait deux heures de son émission « Esprits libres », au livre plutôt hagiographique de Catherine Nay consacré à Nicolas Sarkozy. Les livres hostiles au candidat UMP, assez nombreux, n’ont jamais eu cette chance. Or la lecture de cet ouvrage, honnête malgré tout, laisse une impression étrange. Certes il est censé vanter les qualités du « grand homme » ; mais, en même temps, et au second degré, il en dresse un portrait psychologique extraordinairement préoccupant : celui d’un homme dont l’unique véritable sujet de préoccupation est lui-même, sa propre saga et sa quête obsessionnelle du pouvoir. L’histoire qui le fascine, c’est la sienne ; de l’humanité, il ne retient que sa part ; son ascension, à quoi se réduit son seul idéal, débouche sur l’arrivée au sommet qui constitue son seul rêve. Il ne lit qu’un livre, celui dont son ambition constitue la trame. N ’écoute qu’une seule musique, celle qui lui permet sans répit de chanter son épopée. Aucune ouverture sur une autre perspective que celle dont sa personne dessine l’horizon, sur un autre monde que celui dont il occupe le centre.

Analyse-t-il les changements qui se produisent autour de lui, dans la société ? Non... Mais, sans cesse, il revient sur le seul changement qui l’obsède et rythme ses discours : son propre changement, dont il fait comme un ressort. « C’est vrai, explique-t-il à Catherine Nay, j’étais égoïste, dépourvu de toute humanité, inattentif aux autres, dur, brutal... Mais j’ai changé ! » Sans cesse ensuite, au grand désarroi de ceux qui l’idolâtraient quand il était, à l’en croire, si mauvais, il fera l’aveu de tout ce que lui reprochent ses adversaires pour mieux magnifier l’ampleur des métamorphoses par quoi il se transcende. Quitte à se révéler, à l’usage, plus égotique et plus brutal encore. Au philosophe Michel Onfray il déclare, dans Philosophie Magazine : « Je vais peut-être vous consterner, mais je suis en train de comprendre la gravité des choix que j’ai faits. Jusqu’à présent, je n’avais pas mesuré. »

IL N’A PAS LE DROIT DE LE DIRE

Finalement, le livre de Catherine Nay, bien que non suspect de malveillance, ne révèle-t-il pas une certaine folie et des pulsions autocratiques chez cet homme qu’elle qualifie elle-même de « bonapartiste » ? L hypothèse formulée suscite, aussitôt, une levée de boucliers indignée sur le plateau de l’émission. On n’a pas le droit de dire ça ! Verboten ! Le directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, siffle le hors-jeu. Lequel Giesbert, pourtant, ne se gêne nullement pour déclarer Dominique de Villepin passible de l’asile d’aliénés. Un talentueux éditorialiste de droite convient, en coulisse, qu’il y a « un vrai problème ! ». Halte là ! On n’a pas le droit de dire ça ! C’est tabou !

Pourtant, sur toutes les ondes. Eric Besson, l’ex-responsable socialiste, a pu expliquer que Ségolène Royal, Bécassine dangereusement allumée, déjà comparée par Brice Hortefeux à Pol Pot, au fasciste Doriot et à Staline, représente un mixte du maréchal Pétain et du général Franco.

Concernant Chirac, Villepin, Le Pen ou José Bové, on peut également tout oser. Ce n’est qu’à propos de Nicolas Sarkozy qu’on n’aurait « pas le droit de dire ça ! ». Mais qu’en revanche il serait loisible, comme Paris Match la semaine dernière, de lui consacrer, sur des pages et des pages, des dithyrambes grotesques dignes de Ceausescu, certains journalistes de ce magazine dussent-ils nous avouer qu’ils en auraient « pleuré de honte », mais qu’on ne peut rien contre un ordre d’en haut ! (L’Express a même fait, sur deux pages, ce titre ubuesque : « Sarkozy : il gardera son calme. »)

ET, POURTANT, EN PRIVE, ILS LE DISENT

Tous les journalistes politiques savent, même s’ils s’interdisent (ou si on leur interdit) d’en faire état, qu’au sein même du camp dont Sarkozy se réclame on ne cesse de murmurer, de décliner, de conjuguer. Quoi ? Ça ! Lui confier le pouvoir, c’est, déclara Jacques Chirac à ses proches, « comme organiser une barbecue partie en plein été dans l’Estérel ». Claude Chirac a, elle, lâché cette phrase : « J’aurais préféré Juppé. Lui, au moins, c’est un homme d’Etat. » Le ministre libéral François Goulard ne le dissimule pas : « Son égotisme, son obsession du moi lui tient lieu de pensée. La critique équivaut pour lui à une déclaration de guerre qui ne peut se terminer que par la reddition, l’achat ou la mort l’adversaire. » Sa principale faiblesse ? Son manque total d’humanisme. « Chirac, lui, a le souci des autres, de l’homme. Sarko écrase tout sur son passage. Si les Français savaient vraiment qui il est, il n’y en a pas 5 % qui voteraient pour lui. »

Un des plus importants hiérarques l’UMP, officiellement soutien fervent d candidat (comment faire autrement ?) renchérit : « Sarkozy, c’est le contraire l’apaisement. Chirac, vous verrez, on regrettera. Lui, il n’a jamais eu de mots violents. » « Attention, met en garde le minis de l’Agriculture, Dominique Bussereau, on va très vite à la révolte aujourd’hui. « La France, c’est du cristal », dit, inquiet Jean-Pierre Raffarin.

Dominique de Villepin a mis sa langue dans sa poche. Il n’en pense pas moins... que Sarko « a loupé sa cristallisation » ; que « sa violence intérieure, son déséquilibre personnel, l’empêchent d’atteindre à hauteur de la présidence ». Les chiraquiens du premier cercle, Henri Cuq (ministre délégué aux Relations avec le Parlement) ou Jérôme Monod, le conseiller, ne veulent pas déroger à la consigne du silence. Mais, en petit comité, les mêmes mots reviennent : « Ce garçon n’est pas mûr. Il n’est pas fini. Il a un compte à régler avec la vie qui le pousse à créer de l’affrontement partout, et non à rassembler. » D’autres brodent « C’est un enfant qui n’atteindra jamais l’âge adulte. » A quoi Roselyne Bachelot réplique : « Mais tous les hommes sont immatures ! » On ne parle plus, on n’ose plus parler, comme hier - du moins tout fort -, de « malfrat » ou de « petit voyou » (pourtant, ce qu’on l’a entendu !). Mais, dans les coulisses de l’Elysée, on laisse simplement tomber : « On fait confiance au peuple français ! » Et, justement, il y a encore trois semaines, on se communiquait, en jubilant, les sondages qui indiquaient une montée en puissance de François Bayrou. Non point qu’on l’aime, celui-là, ce « démocrate-chrétien jésuitique » mais, enfin, on ne va pas « laisser la France tomber entre les mains de Catilina », dangereux aventurier populiste romain dénoncé par Cicéron.

COMME UNE BANDE DES « CITES »

Un député UMP spécialiste des problèmes juridiques, eut le malheur de s’opposer au ministre de l’Intérieur à propos des « peines plancher ». Il est, et reste, sarkozyste. Pourtant, il fait part de son effarement. Cette simple prise de distance lui valut d’être désigné du doigt, menacé de représailles, ostracisé parle clan avec une violence « digne d’une bande des cités ». C’est d’ailleurs un ex-haut responsable du RPR qui raconte : « En septembre 1994, aux journées parlementaires de Colmar, alors que Balladur était donné gagnant par tous les sondages, on eut affaire à la garde rapprochée de Sarkozy.

Elle respirait l’arrogance, elle y allait de toutes les menaces. On disait aux députés restés fidèles à Chirac qu’il allait "leur en cuire" »L’ancien vice-président du RPR des Hauts-de-Seine Jean-François Probst confirme : « Sarkozy croit toujours, comme en 1995, qu’il peut intimider les gens. Quand je l’ai rencontré, dans les années 80, il avait déjà ses qualités - énergie, ténacité -, et ses défauts, dont j’imaginais qu’il les corrigerait. Je pensais, notamment, qu’il comblerait son inculture. Bernique ! Il n’a fait que courir d’une lumière l’autre. Il est fasciné par ce qui brille, les nouveaux riches, le show off, les copains à gourmettes même s’ils trichotent avec les règles communes, Tom Cruise qu’il reçoit à Bercy, ébloui, et fait raccompagner en vaporetto. »

Bien sûr, si les chiraquiens maintenus, les derniers villepinistes, les ultimes vrais gaullistes, quelques libéraux ou ex-centristes ralliés à l’UMP confient, à qui veut les entendre (mais les journalistes qui les entendent n’en rapportent rien), que l’hypothèse d’une présidence Sarkozy les terrifie ; qu’il y a « de la graine de dictateur chez cet homme-là » ; que, constamment, « il pète les plombs », de très nombreux élus UMP, les plus nombreux, sont devenus des groupies enthousiastes de l’homme qui seul peut les faire gagner et dont personne ne nie les formidables qualités de battant. Et le courage. Mais même eux n’étouffent pas totalement leur inquiétude et soulignent volontiers sa violence. « Oui, c’est vrai, reconnaît l’un d’eux, il antagonise, il clive, il joue les uns contre les autres avec la plus extrême cruauté. » « Il n’est vraiment totalement humain, confie un autre, que quand il s’agit de lui-même. » « Il a un problème de nerfs, de paranoïa, admettent-ils tous, mais il s’arrange, il mûrit, il se densifie. » Voire...

UN LOURD SECRET

Donc, il y aurait, s’agissant du caractère de Sarkozy et de son rapport à la démocratie, comme un lourd secret qui, au mieux, préoccupe ses amis, au pis, angoisse ou affole ceux qui savent, un terrible non-dit dont bruissent les milieux politico-journalistiques, mais que les médias s’interdisent, ou se voient interdire, de dévoiler. Il fait peur ! La gauche elle-même participe de cette occultation. Sans doute s’attaque-t-elle à Sarkozy, parfois même avec outrance et mauvaise foi. Mais que lui reproche-t-elle ? D’être de droite, ou même, stigmatisation suprême, une sorte de « néoconservateur américain à passeport français », comme le clamait Eric Besson avant de retourner sa veste. Est-ce un crime ? La diabolisation de la différence est aussi contestable venant d’un bord que de l’autre. Le débat démocratique implique qu’il y ait une gauche, un centre, une droite, cette dernière n’étant pas moins légitime que ses concurrents. De même qu’une partie de l’opinion reproche au PS d’avoir trahi l’idéal socialiste ; de même une autre partie, importante, estime que Jacques Chirac a blousé son électorat en menant une vague politique de « centre gauche » et exige un fort coup de barre à droite.

C’est cette aspiration « à droite toute » que Sarkozy incarne avec énergie et talent. Le combattre n’exige nullement qu’on criminalise a priori cette incarnation.

IL EST DE DROITE, ET APRES ?

Oui, Sarkozy, en son tréfonds - et même si on l’a convaincu de ne plus rien en laisser paraître -, est « atlantiste » et entend rompre avec la politique gaulliste d’« orgueilleuse » prise de distance à l’égard des Etats-Unis. Oui, il se réclama de George Bush à l’époque où celui-ci triomphait ; oui, il est le candidat quasi unanimement soutenu par le CAC 40, le pouvoir financier et la très haute bourgeoisie ; oui, ses convictions en matière économique et sociale en font plus le disciple de Mme Thatcher que de Philippe Séguin ; oui, il se sent beaucoup plus proche du modèle néolibéral anglo-saxon que du modèle français mixte tel que l’ont façonné les gaullistes, les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens. Le publicitaire Thierry Saussez, qui lui est tout acquis, explique que « sa manière de faire de la politique renvoie à ce que les patrons et les salariés vivent dans leurs entreprises ». Tout est business.

Mais, finalement, en tout cela, il ne se distingue guère des droites européennes qui, comme lui, veulent démanteler l’Etat providence et approuvèrent la guerre de George Bush en Irak.

Au demeurant, son pragmatisme, son cynisme même, son « populisme » de tonalité bonapartiste, son intelligence instinctive, ne permettent nullement de le décrire en ultralibéral ou en idéologue illuminé. Enfin, même si sa proximité avec la droite néofranquiste espagnole ou berlusconienne italienne n’en fait effectivement pas un « modéré », loin de là, et même si la rhétorique agressivement extrémiste qu’il déroule, depuis quelques semaines, le déporte loin du centre, le qualifier de « facho » ou de « raciste », comme s’y risque l’extrême gauche, est une stupidité.

Pourquoi faudrait-il (à condition de ne pas abuser des camouflages logomachiques comme le fait le champion UMP quand il cite jean Jaurès ou multiplie les envolées « ouvriéristes ») que se situer à droite constitue, en soi, un délit ? On accuse également Sarkozy, ici de soutenir « l’Église de Scientologie », et là d’avoir promis à Chirac une amnistie contre son soutien. Mais il n’existe aucune preuve. Donc, on ne retient pas.

CETTE VERITE INTERDITE

Le problème Sarkozy, vérité interdite, est ailleurs. Ce que même la gauche étouffe, pour rester sagement confinée dans la confortable bipolarité d’un débat hémiplégique, c’est ce constat indicible : cet homme, quelque part, est fou ! Et aussi fragile. Et la nature même de sa folie est de celle qui servit de carburant, dans le passé, à bien des apprentis dictateurs.

Oh, évidemment, cela se murmure, au point même de faire déjà, au sein de la couche supérieure de la France qui sait, et au fond des souterrains de la France qui s’en doute, un boucan d’enfer. Les médiateurs savent, les décideurs le pressentent. Mais les uns et les autres ont comme signé un engagement : on ne doit pas, on ne doit sous aucun prétexte, le dire.

Etrange atmosphère que celle qui fait que, dans cette campagne électorale, ce qui se dit obsède peu, mais ce qui obsède énormément ne se dit pas ; que ce dont on parle au sein des médias et chez les politiques, les médias, précisément, et les politiques n’en parlent pas !

« Fou », entendons-nous : cela ne rature ni l’intelligence, ni l’intuition, ni l’énergie, ni les talents du personnage. « Fou » au sens, où, peut-être, de considérables personnages historiques le furent ou le sont, pour le meilleur mais, le plus souvent, pour le pire. Ecoutons ce que nous confie ce député UMP, issu de l’UDF, officiellement intégré à la meute « de Sarkozy » : « On dit qu&