1er mai 2010, l'actualité d'un combat

Publié le par Désirs d'Avenir Rueil

Par Ségolène Royal

 

En ce jour de 1er mai je voudrais partager avec vous les réflexions que m’inspire cette date qui nous invite à réfléchir sur le sens du travail.

 

Dans la France d'aujourd'hui, trompée par la droite sarkozyste et inquiète pour son avenir, le 1er mai 2010 doit être l'occasion de manifester haut et fort l'actualité d'un combat pour la justice sociale qui n'est pas l'ennemie mais la condition de l'efficacité économique bien comprise.

 

Loin, très loin des errements d'un système financier qui n'en fait, à nouveau, qu'à sa tête et de ce capitalisme court-termiste qui voudrait l'État à sa botte, les services publics affaiblis, les retraites amoindries et les salariés acculés à la passivité, la peur, le stress et même parfois la mort (France Télécom, producteurs de lait…) comme issue au travail dégradé ou qui ne paye plus.

 

Emploi, conditions de travail, pouvoir d'achat, retraites, sur tous ces sujets, deux voies et deux méthodes alternatives s'opposent : celle de la régression sociale, avec ses protections démantelées, ses promesses de régulation non tenues, ses simulacres de concertation, et celle, à l'inverse, qui permettrait de faire de la crise (dont nous ne sommes pas sortis) l'occasion d'un nouveau départ accélérant hardiment le tournant de la croissance verte, impliquant activement les salariés et les citoyens dans l'élaboration d'un nouveau modèle de société qui relève, au travail et hors travail, les défis du monde d'aujourd'hui.

 

Car ce n'est pas les uns contre les autres mais les uns avec les autres que nous devons inventer et mettre en place les sécurités humaines du 3ème millénaire. Chez nous, en France, et à l'échelle de la planète.

 

Ils tentent de nous faire croire qu'ils seraient, eux, les modernes, les partisans du mouvement et d'une plus juste répartition des efforts alors que nous serions, nous, d'indécrottables archaïques, des immobilistes voire des corporatistes crispés sur leurs avantages acquis. Mais ce sont eux, en vérité, qui regardent dans le rétroviseur. Eux dont le répertoire se limite aux vieilles recettes qui ont échoué : pression maximum sur les plus vulnérables, fragilisation croissante de ceux qui jusque là s'en sortaient (comme si le déclassement n'était qu'un fantasme !), privilèges garantis aux nantis, aux bénéficiaires du bouclier fiscal et autres piliers de ce « capitalisme de connivence » où l'on se renvoie l'ascenseur entre soi.

 

Eh bien disons-le avec force en ce 1er mai 2010 : ce n'est pas ainsi que nous voulons notre pays ! Et ce n'est pas ainsi que nous voulons le monde ! Une belle mobilisation porteuse d'espérance et de détermination, une France au coude à coude en ce jour emblématique de tant de combats pour le progrès social, un rapport de forces populaire signifiant à ce pouvoir déconnecté des réalités vécues et en retard d'une époque que d'autres objectifs, d'autres règles du jeu, d'autres évolutions sont possibles et nécessaires : voilà le message que doit porter ce 1er mai 2010.

 

Pour se projeter hardiment dans l'avenir et pour nourrir l'audace d'imaginer d'autres possibles, il est bon d'assumer aussi la mémoire historique d'une date – le 1er mai – au fil de laquelle ceux d'avant ont su joindre leurs forces pour arracher des conquêtes sociales qui firent scandale en leur temps mais nous semblent aujourd'hui aller de soi. L'histoire au long cours leur a donné raison à ces visionnaires du mouvement ouvrier qui payèrent de leur sang l'obtention de la journée de 8 heures, qui voulurent la République sociale et la nation accueillante à tous les siens, qui inscrivirent dès l'origine leur combat sous le signe d'un internationalisme dont l'actuelle globalisation souligne l'urgence.

 

En Poitou-Charentes, avec mes équipes, je ne me résigne jamais aux destructions d'activités et d'emplois, aux délocalisations et à la disparition de savoir-faire précieux : de la défense d'Heuliez à la reconversion écologique du site de New Fabris en passant par le soutien apporté aux coopératives de production. Ce combat pour la dignité des salariés se traduit, des paroles aux actes, par la présence de trois ouvriers sur ma liste qui sont aujourd’hui élus Conseillers régionaux et qui apportent une expérience précieuse dans notre combat quotidien pour l’emploi et pour la dignité du travail.

 

Ce combat est aussi européen et pour ce 1er mai je suis invitée par la gauche italienne pour partager un moment d’action et de réflexion. Nos pensées solidaires vont aussi vers les travailleurs grecs qui sont aujourd'hui en Europe les victimes les plus douloureusement écrasées par la folie financière de l’économie.

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