Les 7 et 8 mai, La Rochelle a fêté le 400e anniversaire de la fondation de la ville de
Québec. Nous étions 70 à 80 000 personnes à être présents au cœur des festivités de la célébration, côté français.
C’est dans ce cadre que j’ai été sollicitée par le lycée
maritime et aquacole de La Rochelle pour être la marraine de son bateau qui s’apprêtait à lever l’ancre avec 48 autres navires, en direction du Québec. Le 7 mai, après avoir brisé la
traditionnelle bouteille de champagne sur la coque du navire pour le baptiser (à la 3ème tentative seulement, je l’avoue), j'ai adressé un message d'encouragements aux lycéens, formés aux métiers
de la mer et encadrés par deux enseignants skippers, qui vont avoir la chance de suivre les traces de Samuel Champlain, le fondateur de Québec. Un projet qui leur tient particulièrement à cœur
puisque c’est eux qui l’ont choisi au travers du Budget participatif des lycées.
La journée du 8 mai a été l’occasion pour moi de témoigner de
l’amitié et des liens historiques étroits qui existent entre la Région Poitou-Charentes et la province de Québec. L'histoire retient surtout les voyages du Royannais Dugua de Mons, le premier
colonisateur du Canada, et du Saintongeais Samuel Champlain, fondateur de la ville de Québec et père de la « Nouvelle France ». Mais au-delà des trajectoires illustres de ces deux
grands noms, de nombreux anonymes issus des anciennes provinces que sont l'Aunis, le Poitou, le Saintongeais ou encore l'Angoumois, sont partis peupler le Canada, en y apportant une culture
riche.
Après la cérémonie franco-canadienne du 8 mai et un déjeuner
servi par les associations de quartiers de La Rochelle à près de 10 000 personnes, l’après midi fut réservé aux cérémonies institutionnelles avec l’arrivée de la Gouverneure générale du Canada,
Michaëlle Jean, une femme dynamique que j’avais rencontrée avec plaisir l’année dernière lors de ma visite au Québec. S’en sont suivis la cérémonie du Don du Grand Livre de Champlain et le
discours d’adieu aux équipages se préparant pour la grande traversée, comme leurs aïeux il y a plus de quatre siècles. J’ai tenu à insister, lors d’un discours pour l’inauguration d’un centre de
mémoire à la Tour de la Chaîne de la Rochelle, sur la courageuse persévérance des Québécois, depuis quatre siècles, à préserver la langue française qui est au cœur de leur identité et de leur
culture.
Faut-il rappeler que le français est, avec l’anglais, la seule
langue parlée sur tous les continents ? La langue n’est pas qu’un vernis ou une marchandise, elle est ce qui porte et structure la pensée. Je dirais même que la monoculture appauvrit la
pensée comme elle appauvrit les sols. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il y a un lien direct entre le combat culturel et le combat environnemental, c’est-à-dire entre la diversité
culturelle et la biodiversité – deux sciences du vivant, en réalité.
Antonine Maillet, romancière et dramaturge canadienne
francophone, raconte que, jusqu’à Rabelais, la langue française avait un lexique de 100 000 mots. Avec Racine, on est tombé à 5 000 mots. Et se demandant où sont passés les autres, elle
répond : « Au Québec et aux Antilles. » J’ajouterais aussi : en Afrique.
En raison de leur combat et de leur entêtement, les Québécois
possèdent l’ardeur et la lucidité qui font parfois défaut à ceux qui n’ont pas dû défendre leur langue ou leur culture. Ils ont, bien avant nous, pris des mesures dont nous nous sommes ensuite
inspirés pour préserver notre langue, comme les quotas de chansons en langue française à la radio, par exemple.
Nous partageons avec eux cette conviction que la culture ne
peut se réduire à une marchandise comme les autres ; qu’elle justifie un soutien clairvoyant et tenace des pouvoirs publics si l’on ne veut pas du règne sans partage des produits standardisés et
de la loi commerciale du plus fort.
Cette langue partagée sous toutes les latitudes, cette langue
française est une ressource extraordinairement positive. La solidarité linguistique francophone, j’en suis convaincue, est un facteur rassurant dans un monde qui bouge à vive allure et dans
lequel les citoyens ont besoin de repères. Notre commune identité francophone n’est pas un repli ; c’est une identité ouverte et rationnelle. C’est une affinité qui n’exclut pas. Tenir à sa
langue, c’est se respecter soi-même et, sachant ce que l’on veut pour soi, le vouloir également pour les autres. Défendre le français, ce n’est pas seulement l’affaire des pays où il est langue
première ou officielle, mais celle de tous ceux où on l’aime, où on le parle aux côtés d’autres langues. Notre francophonie n’est pas ennemie du plurilinguisme mais au contraire attentive à tous
les « passeports pour l’autre ».
Avec la Gouverneure générale du Canada, les crises
internationales
La Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, est la
représentante de la reine d’Angleterre et possède le rang de chef d’État. Nous avons eu un entretien, le 9 mai au matin, de près d’une heure, au cours duquel nous avons évoqué certaines crises
internationales.
- Le Liban. Dans la nuit qui a précédé cette
rencontre, les affrontements entre partisans de l’opposition et membres de la coalition gouvernementale ont repris à Beyrouth. La Gouverneure générale m’a fait part de sa grande préoccupation, au
regard notamment de la forte présence canadienne au Liban (47 000 ressortissants). Nous avons lancé en commun, devant la presse, un appel au calme et au dialogue.
- La Birmanie. La junte militaire craint
l’aide internationale par peur de voir s’ouvrir la Birmanie aux étrangers et à leurs valeurs démocratiques. Une seule solution : que la communauté internationale continue à faire
pression.
- L’Afghanistan ; Le sujet est délicat pour le gouvernement canadien.
L’opinion publique est de plus en plus partagée quant à la présence de soldats canadiens sur place, dont certains ne reviennent que dans des cercueils. Le Canada a toujours été présent dans des
missions de maintien de la paix. Pour la première fois, ses troupes se retrouvent au front. Michaëlle Jean a néanmoins défendu l’utilité de la présence canadienne, et les réalisations de cette
dernière en faveur du développement de l’Afghanistan. Réalisations utiles, à condition que la population locale se les approprient pleinement. Pour ma part, j’ai rappelé le débat français sur
l’envoi de nouvelles troupes et les raisons pour lesquelles je m’y suis opposée.
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