« Attendre 2011 pour organiser des primaires, c’est trop tard »

Publié le par Désirs d'Avenir Rueil

Interview de Najat Vallaud-Belkacem

Récemment, Bernard-Henri Lévy a estimé que le PS était « mort », qu’il devait « changer de nom », voire disparaître ?

Il est tentant de réduire le Parti socialiste à son score des européennes et aux batailles de chiffonnier. Le PS, c’est aussi la quasi-totalité des villes, des départements et des régions de France, une force d’opposition. Quant à changer de nom, là n’est pas la question. Ce qui importe c’est la capacité des militants et des dirigeants à se mettre en branle derrière des valeurs, un projet de société, un programme de gouvernance. Et pour y arriver il faut un minimum de sens collectif, de solidarité et de plaisir à cohabiter dans la même structure. Taper sur le parti socialiste en public, c’est toujours affaiblir la cause qu’il défend.


Martine Aubry a adressé à l’ensemble de la gauche une lettre qui a fait flop, pourquoi ?

On a beaucoup critiqué le nom « Maison commune » proposé par Martine Aubry, mais là encore peu importe. Ce qui compte, c’est l’esprit. J’ai deux certitudes : si la gauche n’est pas rassemblée, elle ne risque pas de revenir au pouvoir. Et même rassemblée, ça risque de ne pas suffire. Alors bien sûr, il doit y avoir un rapprochement avec les autres forces de gauche, mais plus généralement avec tous les démocrates. Ce n’est pas parce que Bayrou a fait un flop aux européennes qu’on doit soudain oublier l’existence réelle de cette population, qui sans adhérer aux idées du Parti socialiste en partage pour l’essentiel les valeurs.


Comment rassembler de l’extrême-gauche au centre ?

Ce n’est pas en passant sous silence ses désaccords, en minimisant les controverses en son sein que le PS s’est formé. C’est au contraire en absorbant les différentes tendances dans un patrimoine commun, en les cimentant, en les dépassant dans l’action. Il faut que chacun puisse conserver sa liberté de parole au Parti socialiste. Il faut qu’en son sein il y ait de véritables espaces de dialogue politique, de débat, pour qu’on ne s’invective pas par médias interposés. Des terrains d’entente, il y en a : la justice sociale, la République, la laïcité, l’indépendance de la justice et des médias. On peut s’entendre sur un certain nombre de sujets, mais il faut discuter.


Quel va être l’ordre du jour de l’université d’été du PS qui se tiendra à la fin du mois prochain ?

Il faut des gestes forts. Je considère qu’on ne peut pas tenir Martine Aubry pour responsable de l’état du PS aujourd’hui. Ce n’est pas en six mois qu’on fait la rénovation. Cela étant, la balle est dans son camp et pour relever ce défi il faut qu’on prenne des décisions. Notamment sur la question des primaires ouvertes. Elles donneraient l’espoir d’évacuer une fois pour toutes la question du présidentiable qui gangrène la vie du parti.


Avec quel calendrier ?

Le plus rapidement possible. Attendre 2011 pour organiser des primaires, c’est bien évidemment trop tard. On l’a vu la dernière fois, un an avant, c’était catastrophique. Les blessures n’ont pas eu le temps d’être pansées, le travail sur le projet en commun n’a pas été fait, donc on a repris un projet qui a été fabriqué avant même de savoir qui serait le candidat. Des primaires ouvertes réussies devraient être organisées quasiment dans la foulée des élections régionales.


Vous croyez à un retour de DSK, plébiscité dans les sondages ?

Un retour de DSK pourquoi pas ? Mais que chacun travaille. Moi je vois ce que fait Ségolène Royal, avec ses universités populaires participatives qui, mine de rien, rassemblent entre 500 et 800 personnes, qui abordent des sujets aussi différents que l’eau, la politique africaine ou l’économie. Je vois en elle quelqu’un qui est en train d’avancer, coûte que coûte, pour présenter en 2012 un projet attrayant. Après, je ne sais pas ce que fait DSK en ce moment. Ce que je sais, c’est qu’il serait salvateur pour le PS de décider qui défendra ses couleurs en 2012.


Une fois choisie, comment cette personne pourra-t-elle rassembler autour de son projet ?

Je crois que Ségolène Royal avait avancé quelque chose qui a mis du temps à être compris : la démarche participative. C’est un peu ça le bon cheminement. Ce qui est sûr aussi c’est qu’il faudra pour 2012 réussir à innover dans nos méthodes de communication. Quand on a au pouvoir une présidence qui ne recule devant rien pour anéantir les contre pouvoirs, il n’est pas aisé pour une opposition de faire entendre sa voix.


Vous comprenez le désarroi des militants socialistes ?

Oui, évidemment, je suis d’abord une militante moi-même. Les militants veulent simplement se mettre en action derrière un projet et y travailler. Tous les messages que je reçois de militants excédés vont dans ce sens : les petites phrases, le sur-écho médiatique qu’on donne aux batailles les désespèrent. Ils veulent savoir quand on aura l’occasion de discuter des retraites, de ceci ou de cela… Je crois qu’il faut faire en sorte que ce parti s’ouvre plus largement, que s’y retrouvent beaucoup plus de gens qui n’ont pas forcément le profil traditionnel du militant. Le prix des adhésions est une vraie bonne question, même s’il ne faut pas se focaliser là-dessus. Les gens sont appelés par beaucoup d’autres activités. Si on a envie de rajeunir le parti, on doit s’adresser à des gens qui ne sont peut-être pas disponibles le soir mais qui pourraient faire du militantisme virtuel, sur Internet...


C’est possible pour le Parti socialiste de gagner en 2012 ?

Oui, j’en suis persuadée, pour une raison très simple. Il faut arrêter de prendre les Français pour des imbéciles. Ils ont conscience que leur situation économique, sociale, sécuritaire, s’est largement dégradée et que les promesses de Nicolas Sarkozy n’ont pas été tenues. Donc je n’imagine pas qu’ils puissent demander autre chose qu’une alternative. Le PS est totalement capable de constituer cette alternative, à condition de parler d’une seule voix, d’où les primaires, suivies d’une discipline. Et qu’ils soient capables de s’entendre avec le champ politique le plus large.


Source :
les inrocks

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