Un certain flottement était perceptible
depuis quelques mois dans les rangs de l’Espoir à gauche (LEAG). Les rapports entre le courant le plus important au sein du PS (29
% des voix des militants lors du vote des motions du congrès de Reims) et Ségolène Royal s’étaient notoirement distendus. D’autre part, l’entrée au sein de la direction de
plusieurs représentants de LEAG (Aurélie Filippetti, Gaëtan Gorce, Guillaume Garot, David Assouline et quelques autres) sans que la ligne de la direction ne s’en trouve vraiment modifiée avait
brouillé l’image du courant dirigé par Vincent Peillon, loin d’être épargné par la déroute européenne. Riche de personnalités au goût marqué pour l’indépendance – doux euphémisme – LEAG
est tiraillé entre diverses forces centrifuges.
Outre Ségolène
Royal, le courant compte désormais dans ses rangs un nouveau présidentiable ; Manuel Valls. Or, le député et maire d’Evry, s’il compte des partisans (ils étaient 300 lundi soir au théâtre
Michel, à Paris) ne fait pas l’unanimité. Quant à François Rebsamen, qui s’est rapproché de la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, il n’a pas hésité à jouer plusieurs fois
les francs-tireurs contre Martine Aubry. Pour sa part, Gérard Collomb
vexé d’avoir été tenu à l’écart de la composition de la liste PS pour les européennes dans le Sud-est a claqué la porte. Le maire de Lyon se verrait bien reconstituer
La Ligne Claire, sorte de ligue des grands élus dissoute dans LEAG juste avant le congrès.
Plus vraiment Ségolâtres (en vérité, la plupart d’entre eux ne l’ont jamais vraiment été), ni devenus farouchement
anti-Royal (à marée basse dans les sondages, la dame du Poitou reste quand même une valeur sûre dans l’hypothèse de primaires ouvertes), les représentants de la Motion E qui revendiquent une
trentaine de fédérations se réveillent. Ils veulent incarner la modernité et devenir les principaux pourvoyeurs d’idées du PS. Encore faut-il que leurs têtes pensantes trouvent du grain à moudre.
Ce sera l’objet de la rencontre des 21 et 22 août à Marseille où se tiendra une « Université du Faro » destinée à « remettre le PS en
mouvement ». Au programme de ces réjouissances, des tables rondes axées sur des thématiques d’actualité (la crise de la social-démocratie, les retraites, le nouveau modèle de
développement, la crise des médias mais aussi les primaires et la stratégie d’alliance). Parmi les débatteurs, Arnaud Montebourg, apôtre des primaires, le revenant Julien Dray qui effectuera sa
rentrée politique pour l’occasion et une belle brochette de guest-stars non-socialistes. Daniel Cohn-Bendit, Marielle De Sarnez et Robert Hue sont annoncés.
Une semaine avant l’université d’été de la Rochelle, L’Espoir à Gauche va s’activer à mettre la pression sur deux
questions. La première est, bien entendu, celle des primaires. La bataille n’est pas encore gagnée. Martine Aubry, qui a fixé l’échéance à juin 2010 sans donner de garanties, répète que le projet
doit précéder la définition de la procédure de désignation. L’autre enjeu est la stratégie d’alliance qui, dans l’esprit de Vincent Peillon, doit aller de la gauche de la gauche jusqu’au MoDem. « Lorsque nous parlons
des institutions, de la redistribution ou de l’école, on peut se demander où se trouvent les vrais frontières qui nous séparent » assure le député européen qui croit « au rassemblement des progressistes ».
Et Ségolène Royal ? La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a été invitée à Marseille mais il n’est pas
sûr qu’elle sera de la partie. Sa stratégie « indépendantiste » – comme sa nouvelle complicité avec la première secrétaire - l’amène à se tenir à l’écart de ce genre de manifestation.
« Ségolène Royal est dans notre courant. Nos relations sont très apaisées ; elle a son autonomie mais elle sait que c’est chez nous que se trouvent
ses amis » assure Vincent Peillon. Pour l’instant, Ségolène ne leur manque pas vraiment mais, prudents, ses ex-compagnons de route ne veulent pas exclure de le redevenir un
jour.
Jean-Michel Normand
Source : Puzzle
socialiste (blog du Monde)
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